Cinéma, Culture, Musique

Sonate d’automne (Höstsonaten), de Ingmar Bergman

Bonjour chers lecteurs,

Au cinéma Majestic Passy à Paris est né un ciné-club animé par Olivier Bellamy (l’une des voix incontournables de Radio Classique). Une fois par mois, une assemblée de passionnés se retrouve autour d’un film en lien avec la musique et d’un invité prestigieux. Après la projection, un échange riche a lieu, chaque film posant des questions et ouvrant au débat.

Le rendez-vous du dimanche 9 avril a mis en lumière le film Sonate d’automne (en VO Höstsonaten), réalisé par Ingmar Bergman en 1978.

Synopsis

Charlotte Andergast, pianiste de renommée internationale, est invitée par sa fille Eva à lui rendre visite après 7 ans pendant lesquels les deux femmes ne se sont pas vues. Eva vit avec son mari Viktor, un pasteur, et sa jeune soeur Helena, handicapée mentale, qui avait été placée par Charlotte dans une institution. Bientôt, les tensions refont surface entre cette fille, Eva, et sa mère qui l’a toujours négligée, pour aboutir à une nuit de conversation… (source Allociné)

Dans une mise en scène à la limite du huis-clos, ce film est bouleversant de tragique étouffé et de sentiments forts. Rien n’est simple, rien n’est évident. La communication apparaît entre les deux femmes dans toute sa complexité : la mère a de bonnes intentions, perçues comme cruelles par son enfant. La fille est douce et d’abord heureuse de retrouver sa mère mais la deuxième vague d’émotions est celle de la rancoeur acide et des non-dits qui rongent.

Ingrid Bergman est magistrale, et la caméra ne lui fait pas de cadeau : elle est filmée dans toute sa réalité de femme, avec ses contradictions, sa culpabilité de mère absentéiste, son égo de musicienne d’élite narcissiste et son hypocrisie parfois cruelle.

Liv Ullmann est non moins exceptionnelle. Pas spécialement belle au début du film, elle évolue subtilement à mesure que le poids des retrouvailles la ravage et devient tout à fait sublime. C’est la fille idéale, gentille, bienveillante, aux petits soins… dans sa quête d’amour maternel, de reconnaissance et d’acceptation. Rattrapée par sept ans d’espoirs et d’attente, la pression déborde, et elle crève l’abcès. Tout remonte à la surface, elle se libère de son enfance incomprise, de ses larmes sèches et des drames d’injustice qui ont émaillé sa vie.

La rencontre des deux femmes dans cette maison, autour du funeste piano qui occupait la mère plus que quoi que ce soit d’autre et la détournait de son devoir envers sa fille, frappe le spectateur en plein coeur. La situation est difficile et profondément humaine. Deux autres personnages viennent équilibrer les caractères et nuancer le récit : la jeune soeur handicapée, dont Liv s’occupe avec abnégation et dévouement, et le mari pasteur, plus âgé qu’elle, mais mu par une tendresse et une sagesse apaisantes.

Les questions sont légitimes, le débat inévitable.

Tant de sujets naissent de ce film : quel avenir pour un enfant de star ? Quelle place trouver quand un parent est extrêmement célèbre, un grand artiste, ou une personne particulièrement brillante ? Est-il possible pour un artiste entièrement dévoué à sa discipline, de trouver le temps et l’énergie d’élever un enfant ? Où est la place d’un handicapé mental, ou d’une personne dépendante (à la maison avec ses proches, parfois manquant des compétences nécessaires, en institut spécialisé…) ? Une fille peut-elle complètement haïr sa mère ? Les bonnes intentions excusent-elles les pires cruautés ?

J’ai été bouleversée, et je vous recommande à tous de vous procurer le film, et si vous en avec l’occasion de le voir sur grand écran profitez-en. C’est un chef-d’oeuvre de l’Histoire du cinéma, et un essai rare sur les noeuds familiaux les plus intimes.

Le prochain RDV d’Olivier Bellamy ? ► Le 14 mai à 11h avec Lettre d’une inconnue, de Max Ophüls.

Cinéma Majestic Passy
18, rue de Passy
75016 Paris
Téléphone : 01 42 24 46 24

N’hésitez pas à me donner vos impressions en commentaire !

 

à très bientôt pour toujours plus de culture et d’émotions…

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