Depuis plusieurs mois, j’avais envie de retrouver le goût de lire. Être absorbée par une histoire, suivre les aventures de personnages et pouvoir passer des heures dans ces univers de papier qui font voyager l’esprit. Cela faisait en effet trop longtemps que je ne trouvais plus un roman qui ne me tombe des mains. Mais ça, c’était avant. Avant que je découvre Le Clan des Otori, Takeo et Sire Shigeru, les montagnes du Japon médiéval et les luttes de pouvoirs entre seigneurs aux sabres affutés. C’est un roman du plus pur style épique. On y retrouve d’ailleurs des marqueurs communs avec le roman épique médiéval français, notamment l’amour courtois. Vous ne pensiez tout de même pas qu’il n’y avait que des guerriers en armure ? Les combats sont subtilement mêlés à la romance de personnages pris dans la course rapide de leurs destins.

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Une plongée dans le Japon féodal

Lian Hearn est un pseudonyme que l’auteur, Gillian Rubistein, a choisi pour permettre à son œuvre d’être jugée pour elle-même. Amoureuse de la culture japonaise, la diplômée d’Oxford en littérature ne s’est pas contentée d’écrire un roman à l’atmosphère vaguement japonisante. Elle s’est passionnée de l’Histoire de la civilisation japonaise, a appris le japonais ainsi que sa poésie, et a fait les recherches que son œuvre méritait.

Le récit se situe dans un lieu et un temps imaginaire, quoique l’on puisse facilement l’identifier au Japon médiéval. L’île vit une période instable : les seigneurs se font la guerre, des villages sont massacrés… Très vite, on découvre que plusieurs communautés se distinguent. Ainsi, dans certaines régions, les Invisibles vivent reclus, dans une pauvreté monacale, et prient un Dieu unique en secret. En effet, cette croyance est méprisée, et les villageois sont persécutés par d’autres clans. La société japonaise de la saga du Clan des Otori est complexe et comprend de nombreuses classes. Je préfère ne pas trop en dire… vous le découvrirez en le lisant, c’est mieux !

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Bien entendu, le plus haut prestige revient aux seigneurs de guerre, qui vivent dans des forteresses apparemment imprenables. Ils règnent en suzerains sur les paysans et artisans de leurs régions, et répriment en général les rébellions avec poigne. Comme souvent, les alliances naissent de nécessité : il n’y a pas de réelle place pour l’amitié dans les hautes sphères du pouvoir. Les mariages sont également affaires de stratégie militaire, et la femme n’est pas maîtresse de ses choix.

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Des héros braves et audacieux

Takeo, le fils qui ne contrôle pas son destin

Dans cette atmosphère somme toute assez sombre, plusieurs personnages se dessinent, ciselés de lumière. Takeo est le premier que l’on rencontre. Jeune villageois innocent, il survit miraculeusement à l’incendie et au pillage de son petit coin de montagne. En une fraction de seconde, tout son monde est bouleversé et il est en perte totale de repères. Puis, dans sa fuite, une figure bienveillante et très puissante se place sur son chemin : Sire Shigeru. En effet, ce grand seigneur de guerre le prend sous son aile. C’est le premier membre du Clan des Otori que nous connaîtrons : Sire Shigeru Otori. Le destin de Takeo sera semé d’embûches, surprenant, et surtout déterminant pour l’avenir du pays tout entier. D’ailleurs, n’oublions pas que comme toute saga, Le Clan des Otori compte plusieurs volumes… Takeo va donc devoir affronter de nombreuses épreuves, et le personnage va forcément être amené à évoluer.

J’aime beaucoup le style de l’auteur, qui joue avec les points de vue. Pour tous les chapitres dont Takeo est le héros, on vit le récit avec lui, à la première personne. C’est son regard qui nous guide à travers les paysages embrumés des rizières et les temples aux fins murs de papier opaque.

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Kaede, la princesse aux pouvoirs insoupçonnés

Puis, le récit nous fait découvrir Kaede. D’abord petite fille, puis jeune femme, elle vit en prisonnière d’un terrible seigneur. En effet, son père l’a pour ainsi dire sacrifiée. Ainsi, c’est la fille d’un autre seigneur, et elle est considérée comme monnaie d’échange : la paix est maintenue, à condition qu’elle vive en otage chez cet autre homme puissant. Elle provoque immédiatement en moi un grand élan de tendresse. Décrite comme une princesse dont la beauté surpasse toute autre, elle ne se rend pas compte de son pouvoir. D’ailleurs, comment le pourrait-elle ? Elle grandit sans jamais croiser un miroir.

De plus, sa condition la maintient dans une ignorance des comportements à adopter en tant que femme de rang supérieur. Elle n’est pas initiée aux arts ni aux savoirs qu’elle devrait connaître. Puis, par un heureux concours de circonstances, elle va pouvoir prendre les rênes de sa vie.

Alors, Kaede se révèle être une femme puissante, extrêmement vive et raffinée. Au fil des pages, l’auteur nous la montre, à la troisième personne, comme un bijou délicat mais inaltérable.

Le premier volume d’une longue saga

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Enfin, cela n’aurait aucun sens de vous révéler la fin de ce livre, ou plus de détails de son récit : j’ai déjà entamé le second volume (j’en suis même aux trois quarts !).

Tout ce que je peux vous dire, c’est que si vous aimez l’aventure, les paysages de givres où des pétales de cerisiers dansent lentement au petit matin, et le thé fumant partagé entre héros charismatiques et peu bavards… Vous ne pourrez qu’adorer ce roman.

J’ai hâte de connaître votre avis. Peut-être l’avez-vous déjà lu ? Auriez-vous d’autres romans d’aventure à me conseiller ? Peut-être êtes-vous passionné de Japon, comme je le deviens petit à petit ? Racontez-moi tout…