Je suis tombée il y a quelques jours sur ce film qui, si je ne m’abuse, est passé plutôt inaperçu en France. Pourtant, avec notre Jean Dujardin national et le casting de rois hollywoodiens qu’il propose… il était déjà prometteur !

Le film

Monuments Men est un film de 2014, à l’initiative et réalisé par George Clooney. Inspiré d’une histoire vraie dont je vais vous parler plus en détails plus loin, il raconte comment une unité de soldats a été créée à partir d’experts et historiens d’Art pendant la Seconde Guerre Mondiale pour sauver les trésors culturels européens, et les rendre à leurs propriétaires légitimes.

Le film nous fait vivre la chasse aux trésors de ces hommes prêts à risquer leur vie pour les œuvres. Leur parcours les mène à traverser la France occupée, la Belgique, l’Allemagne… Ils sont pris en étau entre les Allemands qu’ils doivent rattraper avant qu’ils détruisent tout – ou pour certaines, qu’ils les intègrent au musée personnel du Fürher, et les Soviétiques qui voudraient bien leur part du gâteau.

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Un casting de rêve

L’unité étant constitué de soldats des nations alliées, le casting est lui aussi international : Clooney, Damon, Murray, Goodman, Balaban côté USA; Bonneville et son accent brit’, et Dujardin fidèle à lui-même comme on l’aime.

Une femme a un rôle-clé dans cette épopée, et est incarnée par Cate Blanchett. Elle interprète Claire Simone, personnage de pellicule qui redonne vie à la véritable Rose Valland, résistante française qui a espionné les nazis en faisant mine de ne rien comprendre à l’allemand. Actrice élégante à l’allure se prêtant très bien aux tailleurs des années 40, sa crédibilité est malheureusement diminuée par son accent américain à couper au couteau. Puisque Clooney a embauché son ami Dujardin, ne pouvait-il trouver la perle rare chez nos comédiennes ? Entre Clémence Poesy et Isabelle Hupert, il y a un monde peuplé d’actrices de grand talent, qui auraient sans doute rendu justice à Rose Valland avec autant de grâce.

The Monuments Men UK Quad Poster

La bande de copains américains fonctionne bien, le tandem Clooney-Damon est toujours efficace. En regardant le film, l’idée amusante surgit, que dans une autre vie, les vilains escrocs de la série Ocean’s auraient été de gentils Robin des Bois au service des musées.

Bill Murray est touchant dans ce film, acteur plus souvent connu pour son humour que sa palette nuancée. Quant à Hugh Bonneville, que personnellement j’aime énormément, il ne déçoit pas et son personnage lui va comme un gant.

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Je ne suis pas fan de Jean Dujardin, de la part duquel je ressens souvent une pointe d’arrogance (à la française, me direz-vous), mais ici il est plutôt juste. Son anglais est correct, tout en conservant l’image du français qui garde son accent en toutes circonstances. Le plus impressionnant, c’est qu’il s’intègre à ce groupe sans problème. En cela, il est certain que c’est un grand acteur; tout le monde ne donne pas à la réplique à ces lions d’Hollywood avec tant de panache.

 

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L’esthétique

Monuments Men est un film historique, et s’inscrit dans la filiation de ces films à l’ambiance désuète et nostalgique. Ainsi, la camaraderie et l’amitié sincère de ces hommes perdus dans le chaos de la barbarie est bien représentée. On ne peut qu’imaginer ce qu’ont ressenti les soldats témoins des heures les plus sombres de notre Histoire… Mais il faut supposer que pour survivre, l’humour et la solidarité était indispensables. L’humain est résilient, mais il doit s’appuyer sur sa capacité à espérer, et trouver le Beau dans l’obscurité.

Ce film est littéralement une quête du Beau, une poursuite de ce qui nous sépare des bêtes au sens le plus vil du terme. La guerre tue, mais il y a une différence entre mourir et n’avoir jamais existé. Détruire l’Art et le patrimoine de tout un peuple revient à effacer toute trace de son passage sur Terre, et c’est l’un des premiers crimes contre l’Humanité.

J’ai aimé (ou pas)

Je me suis attachée au personnage de Donald Jeffries. Son amour pour la Madone de Bruges, qu’il est déterminé à sauver, le mène à prendre des risques inouïs. L’émotion sincère de Bonneville face à la sculpture – qu’il trouve une première fois – est sublime.

Il donne tragiquement sa vie pour elle, ce qui m’a fait pleurer comme une madeleine. La lettre retrouvée près de lui sert de témoignage et de testament : il sait qu’il se sacrifie pour une cause plus haute que lui.

La question du prix à payer se pose toujours dans des cas aussi extrêmes que des guerres, et ici il trouve sa propre réponse.

J’ai moins aimé la tension érotique entre Cate Blanchet et Matt Damon, que j’ai jugée incongrue et peu vraisemblable. Qui plus est le film continue à véhiculer le cliché selon lequel la vie parisienne est frivole et débridée, et que ses habitantes sont légères et audacieuses.

Alors oui, Claire est apparemment une femme qui ose, mais entre être une espionne de la Résistance et proposer une petite sauterie à un américain de passage, il y a un monde !

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est l’amitié qui déborde entre ces personnages masculins dépassés par les événements. Au milieu du conflit, ils agissent à leur niveau et se mettent en quête d’aiguilles dans des bottes de foin avec une insuffisance de moyens absolument ridicule et un manque de reconnaissance cruel de leurs pairs.

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L’exaltation de finalement toucher au but et trouver des trésors est contagieuse, on se prend à espérer avec eux, croiser les doigts qu’ils arrivent avant que les tableaux ne soient brûlés…

Une scène est culte, et je n’en dévoilerai pas grand-chose pour vous laisser le plaisir, mais disons simplement que c’est assez jouissif de voir deux des gars de la bande tomber sur un butin quasiment visible aux yeux de tous… et remettre à sa place son voleur/propriétaire.

L’Histoire

C’est donc basé sur des faits réels. Bien entendu, pour Hollywood, le film est romancé et s’éloigne de la réalité. Une historienne de l’Art s’est d’ailleurs exprimé à ce sujet, déplorant le beau rôle donné aux USA… Le film est donc réducteur, mais n’oublions pas qu’Hollywood n’a pas été bâti sur la seule volonté de divertir les masses; le cinéma reste un outil de communication comme un autre, et a un grand pouvoir sur les mentalités.

Toujours est-il que les nazis, non contents de détruire les bâtiments historiques et autres chapelles avec leur bombes, pillaient également les villes qu’ils anéantissaient, déplaçaient les statues de grands maîtres, brûlaient les livres…

Cela était évidemment cohérent avec leur idéologie, et nous aurions bien pu perdre une quantité significative de notre patrimoine et de notre héritage culturel sans l’action de ces soldats courageux.

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En réalité, les Monuments étaient plus de 345*. L’Histoire en retient particulièrement onze, sept américains et quatre britanniques. Il semble qu’aucun officier français n’en ait fait partie. Rose Valland, est elle bien réelle et considérée aujourd’hui comme héroïne de guerre.

Le lieutenant Stout (George Clooney), conservateur d’art à Harvard, vétéran de la Première Guerre mondiale. Avec Paul Sachs, co-directeur du Fogg Art Museum – qui n’apparaît pas dans le film – il fut l’un des premiers et des plus éminents défenseurs des œuvres d’art pendant la guerre, et il proposa que soient formés des «ouvriers spéciaux» pour leur protection.

Rorimer(Matt Damon), incorporé dans l’armée en 1943, fut amené à rejoindre la mission par Sachs, qui avait été son professeur à Harvard. Avant d’accomplir son devoir militaire, il avait contribué à agrandir la collection médiévale du Metropolitan Museum of Art.

Walker Hancock (John Goodman), décrit par Edsel comme un «sculpteur renommé d’œuvres monumentales».

Donald Jeffries (Hugh Bonneville) s’inspire de Ronald Balfour, officier britannique.

Richard Campbell (Bill Murray) rappelle Robert Posey, architecte calme et réservé relativement inconnu dans le monde de l’art avant cette mission.

Preston Savitz (Bob Balaban) joue le rôle de Lincoln Kirstein, qui fondera ensuite le New York City Ballet.

Sam Epstein (Dimitri Leonidas), le soldat juif qui fuit l’Allemagne avant le début de la guerre, s’inspire de Harry Ettlinger, l’un des derniers Monuments Men survivants.

source :Les Monuments Men dans la vraie vie

Pour aller plus loin, vous trouverez ici le livre « Monuments Men: Rose Valland et le commando d’experts à la recherche du plus grand trésor nazi » traduit en français, du livre original de Robert Etsel The Monuments Men: Allied Heroes, Nazi Thieves and the Greatest Treasure Hunt in History.

Si vous souhaitez rejoindre la mission et continuer la traque des œuvres d’art manquant à l’appel, vous pouvez soutenir la Fondation des Monuments Men.