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Woolf Works

Bonjour chers lecteurs,

Le 8 février 2017 était retransmis en direct de la Royal Opera House le très acclamé triptyque du chorégraphe Wayne McGregor : Woolf Works. Traduit « Oeuvres de Woolf » en français, il s’inspire de l’oeuvre littéraire de Virginia Woolf et plus particulièrement de trois de ses romans cultes.

I now, I then (de Mrs. Dalloway)

Dans le roman Mrs. Dalloway, on découvre la vie de Clarissa Dalloway, une femme de la haute société anglaise juste après la Première Guerre Mondiale et celle de Septimus Warren Smith, un soldat traumatisé par l’horreur qu’il a traversée.

La chronologie n’est pas linéaire, les personnages se croisent comme les événements de leurs vies se répondent.

Edward Watson est bouleversant en soldat meurtri qui n’arrive pas à reprendre sa vie où il l’avait laissée, et son pas de deux avec la délicate Akane Takada est un véritable moment d’intimité et de partage. Le regard perdu de Watson qui cherche son ami Evans (Tristan Dyer) mort au combat est criant de vérité.

On retrouve aussi Francesca Hayward dans le rôle de Sally, l’amie de Clarissa. Elle est toujours aussi délicieuse, et l’interaction entre la jeune étoile et ses collègues Beatrix Stix-Brunell et Alessandra Ferri est surprenante de justesse.

Becomings (d’Orlando)

La scénographie très moderne est basée sur un travail de lasers et d’effets stroboscopiques. C’est un visuel dense, futuriste, tout en contrastes. Les costumes de Moritz Junge sont sublimes et mêlent fraises en tulle, épais jupons brodés d’or et justaucorps chair aux lignes épurées. Wayne McGregor décrit ce deuxième mouvement comme le lieu d’expérimentation du corps et le dépassement de ses limites. En effet, la danse est impressionnante et virtuose. Cependant, en comparaison avec les deux autres actes, ici on perd le lien narratif. L’expressivité est presque totalement perdue au profit de l’exploit physique. J’ai donc été éblouie par les effets pyrotechniques, la densité des chorégraphies, l’endurance des danseurs, mais je n’ai pas été touchée personnellement.

Becomings a parlé à mon esprit, mais pas à mon coeur.

Notons qu’on y retrouve cependant Natalia Osipova et Steve McRae dans un pas de deux exceptionnel.

Tuesday (de The Waves)

I am no longer January, May or any other season, but am all spun to a fine thread round the cradle, wrapping in a cocoon made of my own blood the delicate limbs of my baby. Sleep, I say, and feel within me uprush some wilder, darker violence, so that I would fell down with one blow any intruder, any snatcher, who should break into this room and wake the sleeper. (from The Waves)

Dans le début du troisième acte, l’émotion submerge. En voix-off, Gillian Anderson lit les mots que Virginia Woolf a laissés à son mari avant de se suicider en se jetant dans une rivière. Elle évoque sa « terrible maladie », le bonheur incomparable qu’ils ont partagé tout au long de leur mariage, et son incapacité à continuer à être un fardeau pour lui, son espoir qu’il soit libre, sa gratitude et son envie de ne plus lui gâcher la vie.

Les personnages défilent autour d’Alessandra Ferri, qui semble à la fois actrice et spectatrice de ces évocations de son passé. Sa grâce éclaire le plateau tout au long de l’oeuvre, mais c’est bel et bien dans Tuesday qu’elle est au sommet de son art. Son regard est sans doute l’un des plus profonds qui m’ait été donné d’admirer chez une danseuse. Certes, elle a l’avantage de l’expérience, mais en tant que première interprète du rôle à la création de l’oeuvre, elle est surtout la mieux placée pour offrir au public toute sa compréhension des personnages et la vision de McGregor.

La partition de Max Richter

Dans I now, I then, un thème très simple apparaît sur une note tenue. Ligne mélodique minimale, elle est déclinée sous différentes formes tout au long de l’acte. L’ambiance est envoûtante, et colle à l’âme.

Au deuxième acte, Richter utilise un bourdon, principe structurel qui remonte au XVIe siècle. Il organise ses cellules mélodiques en variations, pour accompagner le voyage du personnage principal qui change de sexe, se transforme, et traverse les siècles.

Le troisième acte est marqué par la superposition de lignes mélodiques construites comme des vagues, comme Max Richter lui-même l’explique ci-dessous.

 Pour aller plus loin et voir les danseurs à l’oeuvre, des interviews des artistes, et les vidéos de répétitions, rendez-vous ici.

Pour obtenir le programme numérique gratuitement, rendez-vous ici et entrez le code promo FREEWOOLF.

J’espère que vous vous joindrez à moi pour le prochain événement de la Royal Opera House au cinéma le 28 février : La Belle au Bois dormant !

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