Culture, Musique

La Belle au Bois Dormant

Bonjour chers lecteurs,

Parmi les grands ballets classiques, il y a l’incontournable Belle au Bois dormant de Marius Petipa. Je présume que je n’ai pas vraiment besoin de vous raconter l’histoire : la belle princesse aux cheveux d’or… La méchante fée Carabosse, le rouet, le sommeil de cent ans… vous avez forcément vu le Disney, lu le conte (ou entendu avant de vous endormir) ou si vous êtes allés à Disneyland, vu le château !

Ce personnage a inspiré bien des artistes et créateurs en tous genres : Charles Perrault (version publiée en 1697), les frères Grimm (1812),  mais aussi par exemple Ottorino Respighi qui écrit un opéra intitulé La bella addormentata nel bosco créé en 2014 par Vincent Monteil à l’Opéra National du Rhin. La princesse apparaît également dans des romans modernes, des séries télévisées (Once Upon a Time),  des livres animés, ou encore le jeu vidéo Kingdom Hearts.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est son incarnation dansée, et la musique de Tchaïkovsky.  Les danseurs le disent eux-mêmes : c’est l’un des ballets les plus féériques, attendus  à la fois par la troupe et par le public. La princesse est un rôle très difficile, que seules les meilleures étoiles peuvent espérer conquérir un jour. Marianela Núñez le porte cette année (et pas pour la première fois) avec une joie non dissimulée, et une endurance à toute épreuve. Je crois que j’ai rarement vu quelqu’un sourire si sincèrement si longtemps !

Féérie en pierreries et satin

L’univers esthétique du ballet est celui créé par Oliver Messel (1904-1978), tant pour les costumes que pour les décors. Interprété à Covent Garden en 1946, on retrouve en 2017 l’architecture grandiose du palais d’Aurore et elle n’a pas pris une ride. Identique pour le prologue, l’acte I et l’acte III, la vision de l’artiste a cependant dû être adaptée pour l’acte II car le Prince Florimund a gagné en importance après des ajouts de Peter Farmer et Christopher Newton. Entre autres modifications, quelques drapés et colonnades ont été repeints ou déplacés pour de meilleurs jeux de lumières et de profondeur.

Fait intéressant à prendre en compte, les moyens n’étaient absolument pas les mêmes qu’aujourd’hui en 1946. Le Royaume-Uni sortait de la Seconde Guerre Mondiale, tout était rationné : ils ont donc utilisé du papier pour faire les manchettes bouffantes des costumes, il fallait faire tenir ses pointes par tous les moyens possibles donc les ballerines cousaient des renforts et redoublaient d’ingéniosité pour faire durer le satin plus longtemps.

La musique de Tchaïkovsky

Commandée par Ivan Vsevolozhsky en 1888, alors Directeur des Théâtres Impériaux, l’oeuvre inspire immédiatement le compositeur, qui s’empresse de lui répondre qu’il est « impossible de décrire combien [il est] charmé, […que le sujet] lui correspond parfaitement, et [qu’il] ne voudrait rien de mieux qu’en écrire la musique ».

Cela n’est pas surprenant, quand on sait son amour des contes de fées, des mondes oniriques et des évocations de l’enfance. C’était également un lieu d’inspiration drastiquement opposé aux émotions plus tourmentées qu’il expérimente dans ses symphonies.

Deux thèmes principaux s’opposent dans cette oeuvre, pour mettre en exergue la dichotomie entre le Bien et le Mal. Le Mal est incarné par la méchante Carabosse qui jette la malédiction sur Aurore, et le Bien est représenté par la Fée Lilas, sans qui le sommeil de 100 ans aurait été la mort pure et simple de la princesse. Le thème de Carabosse est dissonant, très vertical, percussif, tout en dissonances : c’est un moment musical en tension. Le thème de la Fée Lilas est quant à lui très mélodique, lié, avec une ligne de flûte qui survole les cuivres et des traits descendants à la harpe. Les cordes maintiennent un rythme très similaire à une valse, virevoltant et inspiré. Vous pouvez l’écouter ci-dessous :

La distribution

Marianela Núñez fait bien évidemment honneur à son rang d’étoile. Je pourrais en parler en longueurs mais je tiens plutôt à pointer la performance de Kristen McNally en Carabosse.

C’est un rôle très théâtral, que la danseuse interprète avec beaucoup de charisme.

On ressent son exaltation à jouer les méchantes, son costume et ses attributs sont spectaculaires : ses sbires sont des rats, elle se déplace sur un traîneau lugubre quand elle ne disparaît pas de scène d’un coup (par un ingénieux système de trappe).

Son rire macabre résonne avec panache par-dessus l’orchestre brillamment mené par Koen Kessels.

Si vous lisez mes articles depuis un certain temps, vous savez aussi que j’ai un gros coup de coeur pour Alexander Campbell, et que j’ai découvert Akane Takada avec ravissement dans Woolf Works. Retrouver leurs noms sur le programme et qui plus est dans un pas de deux m’a donc particulièrement fait plaisir. Je vous laisse admirer Alexander dans cet extrait datant de 2011, avec Yuhui Choe pour partenaire (sublime dans Casse-Noisettes).

Une fois encore, le Royal Ballet démontre sa capacité à incarner les ballets prestigieux du grand répertoire classique avec autant de prouesse que les créations modernes et parfois surprenantes des chorégraphes contemporains.

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à très vite pour toujours plus d’émotions et de musique…

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