Culture, Musique

Il Trovatore, par David Bösch

Chers lecteurs, amateurs d’opéra ou curieux qui passez par là…

Vous vous souvenez peut-être que j’avais raté la retransmission en direct de l’opéra Il Trovatore le 31 janvier dernier, et bien heureusement grâce au cinéma Majestic Passy j’ai pu assister à une séance de rattrapage !

L’opéra

Genèse

Composé par Giuseppe Verdi, avec  Salvatore Cammarano pour librettiste, Il Trovatore est créé en 1853 au Teatro Apollo à Rome. Il compte 4 actes, et est une adaptation du drame El Trovador de Gutiérrez. Dès sa première, il connaît un vif succès public. Des siècles plus tard, quand on demandera à Arturo Toscanini de le monter, il répond : « Donnez-moi les quatre plus belles voix du monde ». En effet, les airs sont riches, virtuoses, et dramatiquement exceptionnels. C’est une oeuvre tragique, passionnée et passionnante, faite d’amour et de sorts funestes, bel exemple de l’opéra romantique.

Verdi compose cette oeuvre entre Rigoletto et La Traviata. Cela étant, c’est un opéra à part, dense, assez concis et simple sur le plan narratif – une fois les personnages établis, qui se distingue notamment par la présence de bohémiens (Azucena, Manrico et tout leur clan).

Le récit

Leonora aime Manrico, qui l’aime en retour. Leonora est aimée du Comte di Luna, l’ennemi militaire de Manrico. Jusque là, c’est le triangle amoureux dans son plus simple schéma. Cela se complique par une affaire familiale de vengeance et de sorcellerie. En effet, la mère de Manrico, Azucena, est hantée par un terrible récit. Des années auparavant, la grand-mère de Manrico a été accusée d’avoir jeté un sort au frère de Luna (encore bébé) puis brûlée vive au bûcher. Azucena, pour la venger, décide de jeter Luna aux flammes mais dans l’obscurité, la confusion et le délire qui la pousse à commettre l’impensable… elle tue son propre enfant.

Dès lors, vous comprenez comment tout cela est imbriqué… les enjeux des uns et des autres sont mus par les passions les plus violentes, et l’issue est rarement heureuse sous ces augures.


La mise en scène de David Bösch

David Bösch, metteur en scène allemand, signe sa première mise en scène de l’oeuvre pour Covent Garden, et choisit de ne pas définir clairement l’époque où se déroule l’action. Dans sa version traditionnelle, il s’agit de l’Espagne du XVIe siècle, mais on se retrouve ici dans un temps flou, entre combats au couteau, tanks blindés, roulottes et… détail surprenant (qui n’a à mon sens pas sa place sur scène) selfie des soldats avec leur prisonnier après l’avoir battu !

L’univers imaginaire de Patrick Bannwart, en charge des décors, est visiblement Burtonien, dans des dégradés de gris et une excentricité tout à fait onirique. En arrière-plan, des montages vidéos sombres font figures de présages (corbeaux, crânes…).

Malgré n’avoir pas été conquise par les choix de direction, et parfois être restée stupéfaite des effets spéciaux… l’opéra est certes du grand spectacle, mais  toujours au service de l’émotion, des personnages, du texte.  Je ne suis pas pour l’esbroufe et le grandiose gratuit  – malgré cela donc, il faut mentionner tout ce qui a bien marché.

Anita Rachvelishvili

La mezzo est hypnotisante dans le rôle d’Azucena. La démarche lourde du poids de ses crimes, le regard fuyant comme les flammes, l’amour maternel qui dépasse toute limite… Elle livre un aria « Stride la vampa » absolument mémorable.

Gregory Kunde

Le ténor américain incarne Manrico. Vous pouvez découvrir son approche du répertoire verdien dans cet extrait. Comme il le dit lui-même, ses personnages sont avant tout des êtres humains, et comme sa partenaire Anita Rachvelishvili il revient aux premières questions : qui est Manrico ? Qu’est-ce qui motive ses actes ? Comment se sent-il ?

L’interprétation de Kunde donne la primauté au texte, son phrasé est impeccable, ses aigus puissants sans être serrés. L’équilibre entre Manrico et Azucena fonctionne, leurs duos ont une magie très attachante.

Pour finir, le Choeur de la Royal Opera House est toujours aussi exceptionnel. Je commence à avoir repéré quelques favoris, que je guette systématiquement dans les scènes de foules. C’est un choeur précis constitué de grandes voix évidemment mais surtout de superbes comédiens.

Comme d’habitude, retrouvez le programme numérique à cette adresse, en entrant le code promo FREETROVATORE. En cliquant sur le logo Arts Alliance présent sur mon blog, vous pouvez aussi aller vite trouver le cinéma le plus proche de chez vous pour assister au prochain spectacle de la Royal Opera House.

à très vite pour toujours plus de culture et d’émotion…

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