Culture, Musique

Les Contes d’Hoffmann, avec Vittorio Grigolo

 Bon retour par ici, chers lecteurs !

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Aujourd’hui on parle des Contes d’Hoffmann par la Royal Opera House, et avec un casting d’exception. C’est bien simple, ceux qui foulent les planches de Covent Garden sont la crème de la crème. L’élite des chanteurs, l’un des orchestres les plus prestigieux de la scène mondiale, et des chefs toujours meilleurs animent cette salle historique.

En juin dernier, j’avais assisté à l’opéra Werther de Massenet (ce qui me rappelle que je ne vous en avais pas parlé, me semble-t-il, impair que je m’efforcerai de rectifier pendant les vacances de Noël), avec Vittorio Grigolo dans le rôle titre et Joyce DiDonato dans le rôle de Charlotte. J’étais déjà une admiratrice inconditionnelle de la diva, et cette version de l’opéra français m’a fait découvrir Grigolo sur scène… sans conteste un monstre sacré de l’opéra. Ce n’est vraiment pas pour rien qu’on le surnomme Il Pavarottino (le petit Pavarotti).

Chanteur le plus jeune à obtenir un rôle soliste à la Scala de Milan, Vittorio Grigolo est un prodige, et comme un bon vin il mûrit avec les années.

On le retrouve ici dans Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach, un opéra en cinq actes créé le 18 février 1881 à l’Opéra-Comique à Paris.

Le personnage d’Offenbach a largement été inspiré du véritable Ernst Amadeus Hoffmann (1776-1822), juriste, musicien et écrivain. Cependant, dans l’oeuvre il est dépeint comme un alcoolique et homme à femmes, ce qu’il n’était pas en réalité. Il faut donc bien se garder de superposer au personnage historique les traits de son homonyme opératique. Jules Barbier et Michel Carré, les librettistes d’Offenbach, se sont en effet inspirés de faits réels du parcours d’Hoffmann, ainsi que d’épisodes tirés de ses propres oeuvres littéraires.

Le récit

hoffmann1Le rideau se lève sur la taverne allemande de Maître Luther.

Hoffmann est soûl, et à en croire les réactions de ses compagnons de beuverie, ce n’est pas la première fois. Il est malheureux comme les pierres, et clame son amour pour la belle cantatrice Stella en l’attendant. Son désespoir vient du Conseiller Lindorf, dont il est persuadé qu’il manigance quelque chose pour lui voler sa belle.

Sous les demandes des clients de la taverne, il raconte ses trois grandes déceptions amoureuses, chacune orchestrée par un personnage malveillant.

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D’abord jeune et naïf, Hoffmann tombe amoureux d’Olympia, une poupée animée. L’opticien Coppelius est un vil escroc à qui Spalanzani, son créateur, doit de l’argent. Il va jouer un tour à Hoffmann en lui offrant des lunettes étranges qui lui donneront l’impression qu’Olympia est vivante. Le pauvre bougre ira jusqu’à demander sa main à Spalanzani et devient la risée de tous.

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Dans l’acte suivant, la romance idéaliste laisse place à l’hédonisme et la luxure. Hoffmann est l’amant de Giulietta, une courtisane. Il veut une tigresse à mettre dans son lit, et prétend se jouer des sentiments amoureux.

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Cependant, sa passion n’est en fait pas uniquement physique. Son cynisme est superficiel. Ainsi, quand Dapertutto (l’incarnation du diable) demande à Giulietta de voler le reflet d’Hoffmann pour lui en échange d’une bague sertie d’un diamant incroyable, elle s’exécute et le malheureux tombe dans le piège.

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Amoureux trahi une seconde fois, on retrouve Hoffmann en amant tendre et doux dans l’acte IV. Il a trouvé en Antonia un amour sincère et heureux. Ils partagent l’amour de l’Art, car Antonia vit pour le chant, comme sa mère avant elle.  Mais son père la défend de chanter sans lui avouer pourquoi : elle a hérité de la même maladie pulmonaire qui a tué sa mère, et chanter empire dangereusement son état.

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Une nouvelle fois, un personnage accélère la perte du couple : le sinistre Docteur Miracle. Hoffmann l’entend ainsi parler avec Crespel, le père d’Antonia et découvre le danger qui la guette. Il réussit à lui faire promettre de ne plus chanter. Mais quand elle se retrouve seule, le docteur Miracle la manipule : il prétend qu’elle n’est aimée que pour sa beauté, et que tout homme même Hoffmann, finira par se lasser. Selon lui, son seul choix est de continuer à chanter. Il fait même apparaître sa défunte mère qui chante, et on assiste à un trio qui volera à Antonia son dernier souffle.

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Dans l’acte final, on retrouve le vieil Hoffmann alcoolique de la taverne. Il a partagé ses désillusions et son infortune, et clame son amour pour Stella, la femme par excellence, celle qui incarne toutes celles qu’il a aimées : jeune fille, courtisane et cantatrice. La belle trouve son amant ivre à ne plus contrôler ses émotions, titubant entre deux récits tragiques, et part au bras du conseiller Lindorf.

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Tout au long des récits, Hoffmann est accompagné par Niklausse, qui le ramène à la raison et lui évite les pires conséquences. A la fin de l’oeuvre, Niklausse se révèle en fait être la Muse d’Hoffmann, et elle lui annonce son amour. Dans un dernier élan d’espérance, Hoffmann va vers elle, et le spectateur comprend qu’il ne jurera plus fidélité qu’à son Art.

Mes coups de coeur du casting 2016

Vittorio Grigolo

Pour mesurer l’étendue des talents du tenor italien, je vous recommande vivement d’écouter cet air, extrait d’une mise en scène des Contes par le MET de New York.

Je l’avais trouvé délicieux en Werther, et j’ai été ravie de découvrir son interprétation d’Hoffmann car c’est un rôle qui lui permet de montrer une grande diversité d’émotions, et une évolution très riche d’un personnage sur toute sa vie d’adulte. Je trouve également que chanter en français lui va bien, ce qui n’est pas le cas de tous les chanteurs (pas même des français!). Sa précision rend par ailleurs le texte très intelligible, qualité non négligeable.

Thomas Hampson

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Magistral. Il incarne les quatre personnages cruels de l’oeuvre : Lindorf, Coppelius, Dapertutto et le docteur Miracle. Comment vous dire… Le baryton-basse est à mon sens une figure incontournable de l’opéra contemporain. Petit aperçu éclair de sa carrière : 170 albums dont un Grammy, 5 Edison awards, et le Grand Prix du Disque. Il est membre de l’Académie Américaine des Arts et des Sciences, est maître de chant de la Metropolitan Opera Guild, est le premier artiste en résidence du NY Philharmonic, a reçu en 2010 un Living Legend Award de la part de la bibliothèque du Congrès américain pour qui il est conseiller special en charge de l’étude et de l’interprétation de la Musique aux USA. Il a été nommé Chanteur de l’année déjà quatre fois par ECHO Klassik. Six universités prestigieuses du monde entier lui ont attribué un poste de professeur honoraire. Il a également trois titres dont le prestigieux Kammersänger de l’Opéra de Vienne et il est Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres français.

Thomas Hampson est diaboliquement cruel, exulte l’aura des vrais méchants qui se délectent du malheur de leurs victimes. Il incarne le prédateur qui malmène plus faible que soi par sa ruse et son charisme; et les quatre personnages en sont inoubliables.

Sonya Yoncheva

La soprano incarne Antonia, l’amoureuse sincère et pure du quatrième acte. Je vous avais déjà parlé d’elle à propos de Norma de Bellini. C’était très intéressant de la voir dans un rôle totalement différent, beaucoup plus doux et innocent. Le bonheur lui va bien, et son duo avec Hoffmann est ravissant. Elle est l’égale de Vittorio Grigolo, sa puissance est exceptionnelle, son timbre coloré et chaleureux, et malgré une diction qui peut encore être améliorée pour atteindre la perfection de celle du tenor, sa théâtralité enrichit le rôle (pour une Antonia dont on a déjà vu de nombreuses interprétations, c’est très agréable).

Vincent Ordonneau et Christophe Mortagne

Le tenor français Vincent Ordonneau incarne les quatre servants, et a la tâche difficile de faire rire, qu’il accomplit avec brio tant musicalement que dans sa mise en scène.

Christophe Montagne, quant à lui, brille en Spalanzani et tout particulièrement dans son duo avec Coppelius.


Voilà, c’est tout pour ce soir; j’aurais pu vous parler de la reprise de la mise en scène de John Schlesinger par Daniel Dooner (dont c’est l’opéra préféré), de la beauté flamboyante des costumes, de la direction d’Evelino Pido… Mais c’est comme dans la vie, il faut faire des choix !

Alors si vous en voulez encore plus, filez vite télécharger le programme numérique complet et tous les bonus qu’il renferme en entrant le code promo FREEHOFF par ici.

Le prochain rendez-vous avec Covent Garden, c’est le 8 décembre pour le ballet Casse-Noisettes, un grand classique du répertoire de ballet, toujours apprécié à l’approche de Noël…

Pour me rejoindre à la prochaine projection du Publicis, c’est par ici !

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1 Comment

  1. Casse-Noisette, le ballet de Noël par excellence | Estelle G. daily

    26 décembre 2016 at 16 h 23 min

    […] le merveilleux y tient une place primordiale. A l’origine, un conte d’E.T.A. Hoffmann (dont je vous ai parlé ici) : Nußknacker und Mäusekönig, ou « Casse-Noisette et le Roi des […]

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