Culture, Musique

Madama Butterfly, avec Ermonela Jaho

Bonjour chers lecteurs,

A m’assoir trop souvent sur des fauteuils rouges, je prends du retard dans la publication de mes récits de spectatrice (car enfin, le blog n’est pas du tout mon activité principale). Je reviens donc aujourd’hui sur l’opéra Madama Butterfly avec plus d’un mois de décalage… et j’espère que vous m’en pardonnerez !

Le récit

Acte I

L’union du lieutenant américain Pinkerton et de Ciò-Ciò-San (Butterfly) est arrangée par Goro, le marieur. Il présente à l’Américain sa nouvelle maison et ses domestiques, dont Suzuki, la servante (et amie) de Butterfly. Le consul américain Sharpless entre et porte un toast à la grandeur des États-Unis avec Pinkerton et tente de le dissuader d’épouser Butterfly car la jeune fille croit – et sûrement trop – en leur amour. Pinkerton se dit ensorcelé, mais il est conscient qu’il se trouvera plus tard une « vraie » épouse américaine. L’ambiguité de ses sentiments est posée ainsi dès le début de l’oeuvre.

Butterfly et ses amies apparaissent. La jeune fille explique que c’est la pauvreté qui l’a contrainte à faire la geisha; elle lui montre les objets auxquels elle tient, et confesse qu’elle est devenue chrétienne pour avoir la même religion que son mari.

L’oncle bonze de Butterfly interrompt les réjouissances. Tous les proches de Ciò-Ciò-San la renient pour avoir abjuré la foi de ses ancêtres, et Pinkerton les met tous à la porte. Il réconforte la jeune fille et à la tombée de la nuit Butterfly s’offre à son mari.

Acte II : Trois ans plus tard

Pinkerton est rentré aux États-Unis, mais Butterfly refuse de croire qu’il l’a abandonnée, elle répète à Suzuki qu’il reviendra la chercher.

Yamadori, un prince japonais, souhaite épouser Butterfly et tous sauf la jeune fille savent que ce serait pour le mieux. Le consul et le marieur apportent une lettre de Pinkerton mais Butterfly refuse les avances de Yamadori avant d’en entendre le contenu, insistant qu’elle est déjà mariée. Malgré l’apparente trahison de Pinkerton, Ciò-Ciò-San révèle avoir eu un fils de Pinkerton, et que s’il ne lui revient pas elle n’aurait d’autre solution que mendier ou mourir. Sharpless promet de prévenir l’américain.

Butterfly reconnaît le navire de Pinkerton qui entre dans le port. Elle remplit la maison de fleurs avec l’aide de Suzuki, enfile son kimono nuptial et veille toute la nuit.

Acte III : Le lendemain, à l’aube

Sharpless, embarrassé, demande à Suzuki de prévenir Butterfly que Pinkerton a trouvé une épouse dans son pays, Kate. Pinkerton et elle veulent élever le fils illégitime. Ils lui laissent de l’argent, mais Pinkerton n’ose même pas l’affronter.

Ciò-Ciò-San découvre la vérité, et Kate lui promet qu’elle traitera l’enfant comme son propre fils. Après tant d’années à osciller entre foi aveugle et désespoir, Butterfly est brisée. Elle demande à ce que Pinkerton vienne lui-même chercher son fils. Restée seule, elle se prépare au cérémonial du seppuku (le suicide rituel japonais), embrasse son fils et lui dit adieu. Puis, dans une sérénité tragique, elle se donne la mort. À l’extérieur, on entend la voix de Pinkerton qui crie son nom.

La représentation du 30 mars

Au casting, Ermonela Jaho incarne Madama Butterfly. Ses yeux sont maquillés de grands papillons roses, sa peau est d’un blanc nacré et elle a la posture d’une jeune fille en fleur sous les sakuras séculaires.

Elle est irréprochable, et manie avec finesse les intonations asiatiques qui s’ajoutent au phrasé et aux élans mélodiques de Puccini.

Je n’ai pas été particulièrement bluffée par Marcelo Puente en Pinkerton. Cela ne tient pas tant à l’artiste, qui a une voix puissante et dont le jeu théâtral était touchant, sans qu’on parvienne tout à fait à comprendre si Pinkerton aime tendrement Butterfly ou se moque complètement d’elle. C’est à mon avis simplement parce que le personnage ne m’inspire pas de bons sentiments.

Pinkerton est le méchant que l’on aime pas détester, car c’est un lâche avant tout autre chose.

Goro est interprété par Carlo Bosi, grand ténor de sa génération. Sa prestation est à la hauteur de sa réputation : il est puissant vocalement, a une présence folle et fait beaucoup rire (le personnage du marieur est détestable mais a un grand potentiel comique, bien exploité ici).

Mon véritable coup de coeur de la soirée va à Elizabeth Deshong, qui joue Suzuki. Elle a une étendue incroyable, des graves profonds et chaleureux, des aigus étincelants et agiles. Dramatiquement, la mezzo est bouleversante et m’a arraché plus de larmes que Butterfy elle-même.

Mention spéciale également à Scott Hendricks dans le rôle du Consul Sharpless. Le baryton a une voix qui surprend par sa couleur flamboyante et il semble la mettre en mouvement avec une facilité déconcertante très proche de la parole.

La mise en scène

La scénographie est sobre, minimaliste et intelligemment pensée. Pour un univers japonais, l’économie de moyens est à mon sens un critère indispensable pour dévoiler une esthétique subtile de lignes et de transparences.

N’oubliez pas de jeter un oeil au prochain événement de la Royal Opera House diffusé au cinéma ! Le dernier opéra de la saison sera retransmis en direct le 28 juin et il s’agit du célèbre Otello de Verdi, avec Jonas Kaufmann dans le rôle titre, sous la baguette d’Antonio Pappano.

Que pensez-vous de cette tragédie ? Butterfly est-elle trop naïve ?

A votre avis, faut-il respecter les us et coutumes du pays dans lequel on se trouve, ou arriver avec ses propres moeurs et attendre de l’autre d’être accepté tel que l’on est ?

à très vite pour toujours plus de culture et d’émotion…

 

 

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