Culture, Musique

Boris Godunov, et un Bryn Terfel flamboyant

Bonjour à tous,

Je reviens après de longs mois d’absence. Manque de temps, parfois d’envie aussi vu l’ambiance morose qu’a pris le début 2016. Mais c’est pour mieux revenir avec une foultitude de sujets qui me tiennent vraiment à cœur, et notamment la promotion de l’opéra, du ballet et d’autres formes d’art (expositions…) dits « moins accessibles ». Je me suis donc rendue lundi dernier au Cinéma Publicis sur les Champs à Paris, où était retransmise en direct la représentation de la Royal Opera House : l’opéra Boris Godunov, mis en scène par Richard Jones.

Le metteur en scène a d’ailleurs choisi de respecter la version originale de Moussorgsky, l’oeuvre ayant beaucoup évolué entre 1869 et aujourd’hui.

Londres et Paris ayant une petite heure de décalage horaire, le spectacle commence à 19h15 là-bas, ce qui fait 20h15 à Paris pour un opéra qui dure environ 2h30 : parfait pour rentrer chez soi sans être complètement décalé, c’est aussi simple que d’aller voir le dernier Batman, mais si on veut en prendre plein la vue, pour moi le choix est vite fait ! Qui plus est, la Royal Opera House de Londres est une des maisons d’opéra les plus prestigieuses du monde, et promet un spectacle de très grande qualité. Alors certes, le plaisir est encore meilleur si on peut se rendre sur place, mais le budget n’a rien à voir non plus. Aller à l’opéra reste un plaisir onéreux, mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas y avoir accès du tout.

Mais entrons tout de suite dans le vif du sujet : qui est Boris ? Que raconte cet opéra ?

 

Un opéra Russe avant tout

Boris Godunov, comme vous pouvez le voir dans ces deux petits aperçus vidéo, nous transporte immédiatement dans un univers à la croisée des chemins entre Europe et Orient, un monde de grands écarts sociaux et d’un pouvoir politique fortement empreint de religion. Le contexte est à la tension, la Russie vit un bouleversement majeur : l’ascension au trône de Boris, nouveau tsar, son règne et… impossible de le cacher (l’opéra n’est pas forcément le lieu où les « spoilers » comptent), sa chute.

Le personnage de Boris est très complexe et mystérieux : tout d’abord il doit faire face à des rumeurs monstrueuses. Il aurait en effet commandité l’assassinat du jeune tsarévitch de sept ans, son prédécesseur. Cela étant, les choses sont souvent plus sinueuses qu’on ne nous le laisse penser, et la réalité historique ne fait surface que longtemps après les faits, si tant est qu’elle apparaisse du tout.

Boris est donc tsar, à la tête d’un pays aussi riche culturellement que contrasté socialement. Il est père, et bien que cela ne soit pas l’axe le plus développé par l’oeuvre (ou par la mise en scène), cela m’a semblé donner une ampleur au rôle, un côté tout à fait surprenant. En effet, pendant toute la durée du spectacle je ne pouvais tout simplement pas imaginer ni croire que le tsar ait pu ordonner la mort d’un jeune garçon qui aurait pu être son fils : pas quand il passe des heures à parler géopolitique avec le sien, ou prend tendrement sa fille Xénia dans ses bras après qu’elle ait perdu son fiancé.

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Surprenant donc, et à chaque détour : Boris prend certes Xénia dans ses bras, mais l’autre face de sa personnalité reprend tout de suite le dessus, et il la congédie dans sa chambre. Bryn Terfel nous livre une interprétation bouleversante, parfois effrayante de justesse. J’ai été tout simplement figée par certains de ses regards : la rage du conquérant, la paranoïa du chef qui n’a plus personne au-dessus de lui à part Dieu, et qui par conséquent ne peut qu’être menacé par les rapaces qui tentent de prendre sa place, la bienveillance paternelle, le paternalisme d’un leader auquel les sujets se dévouent corps et âme dans un sentiment confus de terreur et d’admiration

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Le chœur fait un travail remarquable de cohésion et j’ai beaucoup apprécié la mise en scène qui donne un effet de foule ; cela m’a rappelé un peu la chanson « Qu’est-ce qu’on chuchote à Saint-Pétersbourg » dans Anastasia, enfin plus sérieusement on est plongé dans l’atmosphère du peuple, des messages qui se passent des uns aux autres… On sent le poids qu’ils ont sur les épaules et les espoirs qu’ils fondent en leur tsar.

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Bryn Terfel est flamboyant et tient l’opéra d’un bout à l’autre quasiment sans quitter la scène. Il est brillant, obscur, intimiste et tout simplement impressionnant. il laisse sa marque, son empreinte sur vous encore longtemps après le rideau final.

Bryn n’est cependant pas le seul à briller ce soir-là : John Graham-Hall m’a glacé le sang dans le rôle du prince Shuisky, et John Tomlinson m’a fait rire aux éclats et nous a donné une belle leçon de chant dans sa scène avec Harry Nicoll. Entre autres bien entendu.

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L’orchestre mené par Antonio Pappano était sublime. Mon cœur a été tout particulièrement vers les cuivres et les cloches, qui m’ont fait vraiment voyager… Je vous avoue n’avoir pas prêté attention à tous les détails tant l’immersion était complète.

Quant à la projection en elle-même…

J’ai pu apprécier que la salle n’était pas remplie, ce qui m’a donné la possibilité de me mettre bien au milieu et d’avoir la meilleure vue possible. Malgré cet avantage, j’aurais préféré que la salle soit remplie : signe que l’opéra se diffuse, et que le mot est suffisamment passé à propos de ces belles occasions.

L’introduction a été bien menée et inspirante, et je n’en attendais pas moins de la ROH. Diana Damrau est même venue échanger quelques mots (en anglais no less!) au sujet de la prochaine production diffusée au cinéma : Lucia di Lammermoor. La salle était plutôt silencieuse et courtoise pendant toute la représentation… Toute, excepté un événement ahurrissant qui s’est produit juste devant moi. J’étais en effet assise à côté d’un couple âgé, donc le Monsieur avait a un moment du spectacle un léger chat dans la gorge, qui semblait le gêner (il a donc un peu toussoté en essayant de rester discret), et Madame s’est assoupie vers la fin, laissant échapper un – encore une fois, léger – ronflement. J’étais leur voisine d’accoudoir, et bien qu’un peu agacée je n’ai pas ressenti le besoin de faire de réflexion : ils s’efforçaient d’être tout à fait polis, rien à redire. Mon voisin un rang plus bas ne semblait pas de cet avis et s’est retourné froidement vers eux, puis a hurlé des horreurs ressemblant à : « MAINTENANT CELA SUFFIT; VOUS AVEZ FAIT DU BRUIT DEPUIS LE DÉBUT, VOUS ETES DES VICIEUX ». Il m’a réellement terrifiée, et un silence pesant s’est abattu sur la salle. Quelques rires nerveux, un ou deux « mais c’est qui ce malade? » et puis on a continué sans plus trop y penser. Une fois la lumière revenue, l’inquiétant personnage ne s’était toujours pas remis de ses émotions et a continué sa paranoïa et son discours agressif, réclamant des excuses publiques de « ces monstres » qui « se sont mis derrière lui pour le harceler ». Nous nous sommes tous efforcés de garder le sourire et de dédramatiser, il est parti bredouille.

Cela m’a quand même menée à questionner un préjugé : non, l’opéra n’est pas réservé aux personnes cultivées, bien éduquées, courtoises, (voire chichiteuses). Parfois, il en faut peu à certains pour perdre leurs moyens j’imagine…

Boris l’avait sûrement ensorcelé !

Sur ce, pour de plus amples informations, l’article de Rose Slavin vous éclairera parfaitement.

Je vous joins également le PDF du programme (version courte)  : téléchargez-le en cliquant sur ROHBoris.

Pour réserver votre prochaine séance, c’est par ici.

Enfin, pour télécharger la version numérique du programme de la représentation, allez visiter ce lien et entrez le code promo FREEBORIS. Vous aurez accès à tout un tas de contenus exclusifs, de photos, d’extraits des répétitions et autres bonus savoureux…

À bientôt pour de nouvelles aventures opératiques…

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