Depuis toute petite, je me passionne pour la culture russe. C’est sans doute le dessin animé Anastasia qui m’a d’abord marquée. Mais très vite, je me suis intéressée à l’Histoire russe et au drame du massacre de la famille Romanov. Puis, quand j’ai eu le choix d’apprendre une seconde langue, j’ai choisi d’apprendre le russe. Malgré le manque de pratique, il m’en reste encore une bonne base. C’est donc tout naturellement que j’aime découvrir la musique russe et ses opéras. Je vous propose aujourd’hui de plonger dans l’univers de Sadko, l’opéra de Rimski-Korsakov.

Ilya Repin Sadko 1876

Contexte d’écriture

Dans les années 1860 à 1870, la musique russe connaît une période révolutionnaire. Le groupe des Cinq (appellation française du groupe des 5 compositeurs russes les plus influents de cette époque) est sous la domination de Balakirev. Parmi les Cinq, on compte César Cui, Borodine, Moussorgsky, Rimski-Korsakov puis plus tard viendront s’ajouter Liadov et Lodyjenski. Vassili Stassov, bien que non musicien, est un auteur très important pour le groupe car il sera notamment le librettiste de Rimski.

En 1867, Rimski-Korsakov compose un poème symphonique sur la légende de Sadko et le tsar de toutes les mers océanesir?t=estgdai 21&l=am2&o=8&a=2211053181 - L'opéra Sadko, de Rimski-Korsakov. Initialement, le sujet avait été abandonné par Moussorgski, qui le confie à Rimski. Le poème symphonique est révisé une trentaine d’années plus tard pour donner l’opéra que l’on connaît aujourd’hui.

“Je pensais au sujet d’un autre opéra, celui de l’ancienne légende de Sadko. J’avais l’intention d’utiliser les thèmes de mon poème symphonique comme leitmotive pour cet opéra”. Ma vie musicaleir?t=estgdai 21&l=am2&o=8&a=1508731888 - L'opéra Sadko, de Rimski-Korsakov, Rimski-Korsakov.

En 1871, on assiste à la nomination de Rimski à un poste de professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. C’est pour lui l’occasion d’abandonner les techniques peu théorisées de Balakirev et du groupe des Cinq, car il se rend compte qu’il ne sait que peu de choses, et il étudie alors avec zèle en s’aidant de ses élèves à leur insu. Il mentionne notamment étudier assidûment l’orchestration de Berlioz.
Dès 1874, il a acquis une bonne technique. En à peine trois ans, il devient alors le théoricien du groupe des Cinq, et orchestre les travaux de ses collègues.

A partir des années 1880, la vie musicale russe est dans une période dite progressiste. Balakirev ne domine plus le cercle, mais Belaïev. Mécène, organisateur de concerts et amphitryon (on dîne à ses frais), il insuffle une nouvelle dynamique à ce cercle d’artistes. Cet événement marque une rupture nette et attise le mépris de Balakirev pour ses anciens protégés.
Entre 1881 et 1882, Moussorgsky est très souffrant en raison de son alcoolisme, et finalement il en meurt. Tous ses manuscrits sont confiés à Rimski pour qu’il les range, les achève et les prépare pour l’édition; il fera le tout gratuitement. Il évoque d’ailleurs de la possibilité d’une édition biographique potentielle une fois les œuvres tombées dans le domaine public puisqu’il a remis les manuscrits à la Bibliothèque Populaire Impériale.
Dans la deuxième moitié des années 1880, le cercle est composé de Rimski, Glazounov, Liadov, Dutch, Félix Blumenfeld et son frère Sigismond puis Sokolov, Antipov et Witol les rejoignent. Stassov reste toujours dans les parages mais moins qu’avant.
Entre 1886 et 1888, c’est la création des “Concerts Russes Symphoniques” (le généreux Belaïev en donne 4, Rimski 2, et un autre compositeur 2 aussi).
En 1887, la Mort frappe Borodine. C’est un drame soudain, et inattendu donc bouleversant. Avec Glazounov, c’est Rimski qui instrumente et parachève les travaux de Borodine pour édition – édition menée par Belaïev.
A partir des années 1890, tous rapports entre Balakirev et le groupe des Cinq cessent.

Entre 1888 et 1892, malgré la réticence de la majorité des russes, Rimski reconnaît l’importance de l’influence de Wagner et affirme adopter graduellement son orchestration, sans pour autant oublier Berlioz.
En 1893, c’est la mort de Tchaïkovski. Il me semble bon de le mentionner car, bien que figure absolument à part dans la musique russe, il est un pilier de la culture musicale de l’époque. C’est un compositeur indépendant, se revendiquant « le plus russe de tous », sauf qu’en réalité il voyage beaucoup plus en Europe que les Cinq. Il est l’autre Russie, et sa place est à l’opposé de celle des Cinq.

Un an plus tard, en mai 1894, Rimski réfléchit (enfin !) à reprendre son Sadko version opéra, en utilisant comme leitmotiv les thèmes de son poème symphonique. En parallèle se produit la mort de Rubinstein.
En 1895, l’opéra Sadko est complètement écrit.
Il faut attendre 1897 pour que Sadko soit présenté au théâtre Mamontov de Moscou, dont la réception est peu enthousiaste, au point que la première n’ait lieu que trois ans plus tard.
C’est donc le 7 janvier 1898 que la première représentation publique de Sadko a lieu, et elle rencontre un franc succès.
Pour resituer le tout, en 1900 c’est l’Exposition universelle à Paris, où Rimski rencontrera André Messager, Jules Massenet, Holmès, Pugno, ou encore Delibes…

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Argument de l’opéra

Tableau I, ville de Novgorod

À Novgorod, la confrérie des marchands organise un grand banquet dans leur palais. Cette ville est un centre névralgique du commerce à l’époque de l’empire, et en raison de ses échanges, elle est très cosmopolite. Sont présents entre autres Nejata (jeune musicien qui chante une byline), les deux échevins de Novgorod, Sadko, qui interprète à son tour un chant, et des saltimbanques (dont Pipeau et Chalumeau) qui clôturent ce tableau par des chants et danses.

Tableau II, ce soir-là, au bord du lac Ilmen (Novgorod)

I Bilibin Night on the shores of Lake Ilmen Set Design for the second part of the opera by Rimsky Korsakov Sadko 1914

Sadko chante une complainte.

Alors, on assiste à l’apparition de cygnes blancs qui se transforment en jeunes femmes, dont la princesse des mers Volkhova et ses sœurs.

Évidemment, Sadko tombe immédiatement amoureux de Volkhova, ce qui donne lieu à un magnifique duo d’amour.

A l’aube, Océan (roi des mers) surgit et rappelle ses filles.

Tableau III

Chez Sadko, son épouse Lyubava chante sa solitude. Sadko revient du lac, repousse sa femme et repart.

Tableau IV, au port de Novgorod

FF Fedorov Sadko Rimsky Korsakov 1935

Les personnages du premier tableau reviennent, ainsi que deux mages et des pèlerins.

Fanfaron, Sadko prétend pouvoir pêcher dans le lac des poissons aux écailles d’or. Volkhova lui permet de réussir cette pêche miraculeuse et de transformer les poissons en lingots d’or.

Sadko, jusqu’alors pauvre, devient donc un marchand riche et admiré.

Après avoir généreusement distribué une partie de son or, il invite trois des marchands étrangers à louer leurs pays respectifs par des chants. Puis, il reprend la mer.

Tableau V

Douze ans plus tard, en plein océan, le navire de Sadko est immobilisé par un calme plat. L’équipage décide de faire offrandes à Océan, mais cela ne suffit pas : il veut Sadko. Sadko se sacrifie, et son navire peut repartir.

Tableau VI

Sadko est à la cour du roi Océan, dans son palais sous-marin. Après un chant à la gloire de ses hôtes, il est autorisé à épouser Volkhova. C’est l’occasion de donner un grand banquet de mariage avec des danses et des chants. Mais, à cause de l’irruption d’une puissante Apparition (élément négatif), Sadko doit quitter le royaume sous-marin appelé à disparaître à jamais, et rentrer à Novgorod avec sa nouvelle épouse.

Tableau VII, le matin suivant, au bord du lac Ilmen

La princesse Volkhova chante une berceuse à son époux endormi, puis disparaît dans le brouillard. Sadko s’éveille au moment où apparaît sa première femme, Lyubava. Il implore pardon et lui professe son amour, et affirme être las des voyages.

Lorsque la brume se lève, apparaît par enchantement la rivière Volkhov (qui est en fait le fruit de la métamorphose de la princesse), sur laquelle voguent les vaisseaux de Sadko, ouvrant une voie vers la mer. Devant ce nouveau prodige, les protagonistes du 4e tableau accourent. Finalement, ils glorifient à nouveau Sadko et, après un ultime chant de celui-ci, louent Dieu pour ses bienfaits.

Je vous propose ci-dessous une version que j’ai trouvée sur Youtube, et dans un prochain article je vous parlerai des contes russes, du matériau folklorique traditionnel et de l’importance du fantastique dans cette œuvre. Je vous donnerai également quelques clés d’analyse.

Et vous, vous écoutez de la musique russe ? Vous aimez les ballets de Tchaïkovski ? Les opéras comme Boris Godunov ? J’attends vos commentaires !