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Philosophons : Accepter de vivre n’est pas un acquis

Je ne sais pas si nous sommes nombreux à se poser ces questions; mais je soupçonne que si elles traversent mon esprit, sans que je les convoque, et que je sais qu’elles traversent l’esprit de certains de mes proches… elles font peut-être partie de votre conscience, ou de votre inconscient.

On ne choisit pas de naître

Deux personnes créent un être. Il naît. C’est vous. La vie vous donne un environnement de départ, un milieu d’origine, des repères (soient-ils des parents, je vous le souhaite car c’est un point de départ utile, des services sociaux plus ou moins compétents, une tribu de la jungle amazonienne ou un monastère d’un recoin d’Asie…). Nous avons tous un set de données de départ; et un monde extérieur à découvrir. Mais avant. Chronologiquement, avant. Avant de naître, je n’existe pas. « Je » est dans le futur. Mais ce « je », d’où vient-il ? La science mise à part – ADN, gamètes, cellules, we get it – … nous sommes néant, avant.

Ou alors, le moment de la naissance nous fait être, nous révèle au monde.

Et peut-être qu’avant, « je » existe déjà mais ailleurs, autrement.

Et peut-être que cette naissance qui fait être, fait aussi oublier l’avant; d’où on vient.Ce « je » conscient, cet esprit dans le véhicule du corps. [ ndlr : On peut d’ailleurs rebondir une prochaine fois sur la difficile acceptation de l’idée de « mort cérébrale », car quand le cerveau meurt, l’esprit aussi… mais les organes vitaux peuvent paradoxalement continuer de pomper… Images incompréhensibles pour les proches, je peux supposer. Mais cela vaudrait un sujet à part entière. ]

Toujours est-il qu’on ne choisit pas de naître. On subit l’arrivée dans ce set de circonstances. J’ai pour ma part eu des circonstances positives, j’ai donc grandi avec beaucoup de chance, une enfance heureuse, des privilèges, une éducation… Mais ces questionnements sont conscients tôt, et une quête spirituelle sûrement aussi longue que la vie qui nous est donné de vivre.

Ce début est aussi sûr que la certitude de la mort. La prise de conscience de cette finitude n’est pas immédiate, il faut quelques années après la naissance pour réellement avoir la notion de ce que cela implique. Mais concrètement, sait-on ce que cela implique ?

On sait juste que c’est lourd de conséquences. Effrayant. Potentiellement douloureux, ou dangereux. L’absorption dans l’inconnu, le trou noir, ce néant que l’on ignore. « Je » meurs, implique la potentielle perte de soi. De cette conscience qui est la seule chose qui nous anime. Comme écrivait Descartes [ndlr : cf. cogito ergo sum] : << Je peux douter de tout, sauf de la proposition « Je suis, j’existe », qui est nécessairement vraie toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois dans mon esprit. >>

La mort plonge dans l’oubli ce « je » qui est, qui existe.

Comment trouver au monde une idée plus terrifiante ?

rene-descartes

On ne choisit pas de naître, et on est donc sûr de mourir.

Comment par conséquent ne pas considérer que vivre est un choix ? Chaque jour, on accepte de jouer au jeu. De vivre, de participer au Monopoly de l’existence tant que l’horloge tourne. En effet, le temps passe comme on dit, et nous rapproche de la fin du jeu. Comment donc naïvement croire qu’on a pas son mot à dire dans l’histoire ? Certaines personnes vivent sûrement sans se poser la question, tout simplement chaque jour l’un après l’autre. Mais il est certain que d’autres se posent la question du jeu. Certains choisissent la voie rapide vers le bonus de départ, ils sont trop curieux.

Accepter de vivre est un choix, une envie de jouer, un goût de l’ici, du maintenant. On ne peut vivre vraiment sans aimer le jeu, sans vouloir participer, relancer les dés, sans accepter de risquer, sans comprendre que la fin est sûre mais que les jours sont longs.

C’est parfois difficile de concevoir que cela vaut le coup de continuer, même si la certitude de finir est là, même si l’oubli va nous engloutir, même si un jour toutes les personnes du monde qui nous ont connu seront parties depuis longtemps, même si notre empreinte aura été effacée…

Les Romains et leur Carpe Diem Saisis le jour. Car c’est tout ce que tu as. Un jour, puis une nuit, puis un jour, et ainsi…

C’est pour cela que chaque jour est une page blanche, l’occasion de rencontrer la vie, de remplir son coeur, de concrétiser ses rêves, d’user et d’abuser de son esprit, d’en tirer profit, de puiser dans chaque seconde de vie la raison d’être là. De continuer, de jouer au jeu, d’avoir envie, de rire, de se libérer, d’aimer…

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4 Comments

  1. Natacha

    4 novembre 2015 at 7 h 24 min

    Vaste sujet, le « je » existant est conscience qui se regarde, mas « je » est un autre…. le reflet dans le miroir. Les anciens égyptiens ne parlaient pas de « carpe diem », mais ils avaient le Zep Tepy (premier temps), pour eux chaque jour rejouait le « premier temps » ou « zep tepy », c’est à dire le premier jour de la création. Donc en effet chaque jour est une occasion de créer, se renouveller. Certaines philosophies orientales enseignent à vivre dans l’instant présent, car finalement c’est le seul qui existe. le passé atént une projection de nos souvenirs, pas toujours objectives ou une reconstruction d’évènements et le futur étant une projection aussi en avant, on imagine. Il n’y a de réel finalement que le présent.

    1. estellegdaily

      7 novembre 2015 at 21 h 29 min

      Un immense MERCI pour ton commentaire ! Éclairage qui complète justement mon point de vue. Je ne connaissais pas ce Zep Tepy, mais pour mon ressenti cette notion de « premier temps » est une expression tout à fait idoine. Comme tu le dis si bien, « il d’y a de réel finalement que dans le présent ». Alors merci, et au plaisir de lire tes réflexions à nouveau par ici ;)

  2. ZuHacked

    23 octobre 2015 at 19 h 14 min

    Très bel article, parlant d’un sujet très très bien traité que l’on aborde pas tout les jours.
    Franchement chapeau!
    Continu, je suis fan. ;)

    1. estellegdaily

      23 octobre 2015 at 19 h 36 min

      Merci beaucoup Heloise !

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