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Oser en parler, lever les tabous

Cet article n’a pas de début et n’aura pas de fin. Il ne sera pas construit sur le principe intro-développement-conclusion. Il est massif et informe et allusif, à l’image du sujet dont il parle. Je me suis demandée s’il valait mieux garder certaines choses secrètes, si cet espace n’était pas fait pour un tel niveau de sincérité. Car oui, on dit que les blogs reflètent leur auteur, mais c’est un mensonge. On ne montre que ce qu’on veut bien montrer, on enjolive les choses, on se met en avant. On espère plaire, quoi qu’on en dise.

Et puis j’ai pesé le pour et le contre. Se taire. Pour : me protéger, me préserver, ne pas casser le semblant de cohérence des articles, ne pas plomber l’ambiance. Contre : se taire c’est un peu se cacher aussi. Des autres, et de soi. Parler. Pour : accepter la réalité, décomplexer, décomplexifier, peut-être atteindre quelqu’un qui se sentira alors moins seul, lever le tabou, se dire petit à petit qu’on a le droit d’être comme on est et que le premier pas est de se regarder en face. Contre : la peur des jugements, sans doute. Mais pour tout vous dire, avant relecture j’avais oublié de compter les contre. Mon inconscient savait à coup sûr qu’il n’y en avait aucun qui tienne.

La dépression est une maladie. Elle a des symptômes, et des traitements. Elle ne s’attrape sans doute pas comme la grippe, mais elle se soigne. Le problème c’est qu’elle se cache. Elle fait un très beau travail de caméléon, elle te fait croire que tu es en contrôle. Et surtout, elle te dit que c’est la faute des autres. « Je suis triste parce que rien ne va ». « Je suis triste parce que j’ai vécu ça à ce moment et ça m’a fait trop de mal ». « Je suis triste parce que je n’ai pas ce que je veux, je ne fais pas ce que je veux, ma vie rêvée reste inaccessible ». Et puis on est pas forcément triste, d’ailleurs. On peut être en colère. Avoir la rage contre quelqu’un, contre les autres, contre tout le monde et tout à la fois. Contre soi aussi; surtout. On se voit faire, on s’entend se mentir, on se sent frustré par soi-même. « Je n’arrive pas à faire autrement ». « Je ne sais pas pourquoi ». large-1On ne sait pas forcément pourquoi. Et on s’en veut. On s’en veut de ne pas sourire, de faire chier les gens qu’on aime. Et on rejette la faute, inlassablement. Car quelle logique y aurait-il à créer son propre malheur ? L’auto-sabotage n’a rien de cohérent, et pour quelqu’un de logique c’est très énervant.

On peut être en colère. Triste. Ou indifférent. Indifférent c’est difficile. Ne plus avoir goût à. S’en foutre royalement. Se voir s’en foutre et savoir que si on allait bien, on ne s’en foutrait pas du tout. C’est très compliqué tout ça, c’est un jeu de miroirs et d’incompréhension. « La vie me fait ça ». « Ils sont méchants ». « Ça ne va pas comme je veux ». Et quelques minutes plus tard : « tout va bien ».

Au fond, on ne veut plus. Plus grand-chose. Parce que ça ne changerait pas grand-chose, d’avoir ce qu’on veut. Parce qu’on ne reconnaît plus les succès là où ils sont. On ne se sent plus fier. Alors échouer c’est pareil. Le temps passe, c’est tout.

Mais un jour quelque chose se passe. Quelque chose qui transperce, qui éblouit de vérité, qui choque et fait peur : on réalise que le problème vient de soi. On se le prend en pleine face : « je me suis rendue malade et maintenant j’ai besoin d’aide ». Il y a eu des évènements qui ont fait que. Sûrement. Mais je me suis laissée perdre le contrôle. C’est une maladie… une fois que c’est une maladie. On comprend. On réalise. On ouvre les yeux sur les mécanismes. Je suis responsable de moi-même, je suis responsable de mon bonheur. Je me suis laissée tomber.

large-3C’est là qu’on doit se prendre par la main. Être sa propre amie. S’écouter plus. S’autoriser à être qui on est pour mieux changer. Pour mieux guérir. Non, ce n’est pas une honte. Non, ce n’est pas un instrument pour attirer la pitié. Non, ce n’est pas pour faire l’intéressant. Non, ce n’est pas agréable. Non, on ne se complaît pas là-dedans. Non, on ne fait pas exprès. Ou peut-être que si mais c’est la maladie qui fait exprès. C’est confus de savoir qui est qui. En tous cas, on ne veut pas que ça continue. Et c’est ça le plus important. On veut que ça s’arrête. Briser le cercle. Changer de route. Reprogrammer son cerveau. Désactiver les réflexes. Assécher les larmes. Faire taire les noeuds.

Et quand on veut guérir, c’est le plus gros pas. La suite, c’est mettre un pas devant l’autre.large-2

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  1. freyjanova

    13 janvier 2015 at 20 h 50 min

    C’est le cycle infernal des alternances entre abandon de soi et reprise de contrôle…. Je te souhaite beaucoup de courage dans les moments sombres, et beaucoup de détermination et de foi en toi-même dans les moments plus légers.
    Tu es manifestement très lucide et à ton écoute pour écrire un tel article : et c’est une merveilleuse chose ! même si cela semble parfois être une malédiction : d’être conscient que l’on souffre, et de quoi l’on souffre.

    Je suis sincèrement avec toi, et « Et quand on veut guérir, c’est le plus gros pas. La suite, c’est mettre un pas devant l’autre. » …. tout est là. Bon courage à toi.

    1. estellegdaily

      24 janvier 2015 at 10 h 27 min

      Merci pour ta réaction, qui est d’ailleurs très juste et subtile. « être conscient que l’on souffre, et de quoi l’on souffre » peut être en effet très frustrant, mais on se raccroche au fait que sans cette lucidité on serait encore plus perdu je pense ! Merci d’avoir pris le temps de répondre et pour tes pensées sincères.

  2. Sonia

    13 janvier 2015 at 11 h 27 min

    Très jolie texte, le dialogue est pour moi une clé, un pas devant l’autre et on avance, ne l’oublie jamais
    Bisous <3
    Sonia

    1. estellegdaily

      24 janvier 2015 at 10 h 29 min

      Merci ma belle <3 Des bisous et à bientôt :)

  3. Arnaud

    12 janvier 2015 at 14 h 06 min

    Tu sais je comprend tes mots, la dépression n ‘est plus si tabou que cela !!! j’en ai été victime et responsable aussi , il est toujours bon d’en parler autour de soi car ce n ‘est pas une maladie commune dont il ne faut pas avoir honte !

    1. estellegdaily

      24 janvier 2015 at 10 h 32 min

      La dépression en elle-même n’est pas nécessairement taboue, mais je pense que peu osent dévoiler leur ressenti et à mon avis beaucoup la cachent à leurs proches. Mais tu as évidemment raison, il n’y a aucune honte à avoir. Les gens n’ont pas honte d’avoir la grippe, il faudrait que l’on considère la dépression de la même façon.

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