A Tours, nous avons la chance d’avoir un très beau Musée des Beaux-Arts, ouvert en 1801 au sein de l’ancien Palais des Archevêques.

Le Musée des Beaux-Arts de Tours

C’est l’un des musées des Beaux-Arts les plus importants de France, par sa collection riche de tableaux de maîtres représentant l’art du XIVe siècle à aujourd’hui.

Il compte aussi des sculptures, objets décoratifs et mobilier exceptionnels.

Ce mois-ci, j’y ai fait un petit tour et j’avais envie de vous parler des œuvres qui m’ont particulièrement plu. Si cela vous dit, on pourrait se donner rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle sélection… Le regard change à chaque visite, selon l’humeur du moment.

D’ailleurs, lors de mon dernier passage, plusieurs groupes de scolaires visitaient le musée donc j’ai privilégié les salles plus calmes. Cela laisse l’occasion d’y retourner pour d’autres découvertes !

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Les collections sont proposées dans une scénographie tout à fait intuitive. Le bâtiment est spacieux, toutes les conditions sont réunies pour un parcours confortable et pédagogique.

Grèce, Ier-IIe siècle après Jésus-Christ

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Vertumne en marbre. Seuls le torse et la tête sont antiques, l’œuvre a été reconstituée.

Le personnage de Vertumne est un personnage mythologique. L’histoire raconte qu’il était amoureux de Pomone, la nymphe des jardins et des fruits, et souhaitait ardemment captiver son attention. Comme tous les mythes antiques, la tournure est pour le moins surprenante… Vertumne se déguise en vieille dame, et complimente Pomone sur la beauté de ses fruits. Il l’embrasse, et lui montre une vigne et un orme enlacés dont il fait une métaphore de l’amour. Puis, il reprend sa forme de beau jeune homme, et Pomone tombe sous son charme !

D’ailleurs, la mythologie étant un sujet aimé des musiciens baroques, des cantates ont été écrites à son sujet. Quoi de plus naturel, quand il y a à la fois une histoire d’amour, de métamorphose, et de nature ?

J’ai été impressionnée par le travail de reconstitution de cette œuvre. Si je n’avais pas lu la petite notice explicative, je ne l’aurais peut-être même pas remarqué. IMG 4058

Buste dit de Pyrrhus, roi d’Épire (295-272 avant Jésus-Christ)

Cette tête a été datée au IIe siècle après Jésus-Christ, tandis que son buste daterait du XVIIe siècle. En marbre blanc, onyx-marbre, et marbre noir, elle représente Pyrrhus Ier, roi d’Épire. Ce pays est une région montagneuse située dans les actuels Balkans, à la jonction de la Grèce et de l’Albanie. En grec, Épire (Ήπειρος) signifie « continent ».

Véritable conquérant, Pyrrhus Ier accroit le territoire épirote à la Macédoine et à la Thessalie. La rumeur court d’ailleurs qu’il aurait été le neveu d’Alexandre le Grand. Ennemi redouté de Rome, il est le personnage le plus important de la dynastie des Molosses (en grec Μολοσσοί, Molossoi).

Petite anecdote : les Molosses avaient des chiens de combat pour défendre leurs troupeaux, et c’est pour cette raison que l’on appelle aujourd’hui ainsi les gros chiens dits dangereux.

Ce buste m’a surprise par les mélanges de marbres. Je trouve que là, instinctivement on sent que la tête et le buste ne datent pas de la même époque, et par conséquent ne reflètent pas la même esthétique.

Flandre, début XVIe

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Panneau central : Vierge à l’Enfant entre deux anges. Panneaux latéraux : Saint Jean l’Évangéliste et Sainte Madeleine

Ce triptyque est une huile sur bois, et m’a fascinée par sa précision et sa perspective : on distingue des paysages entiers se déroulant à l’horizon entre les colonnes d’or. Les piliers sont d’une sophistication ravissante, tout comme les drapés de l’étoffe que porte la Vierge.

Détails

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Flandre, XVIIe

Cette Vierge à l’Enfant avec les donateurs Alexandre Goubau et Anna Anthony (son épouse), est un tableau du grand peintre baroque flamand Peter Paul Rubens.

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Alexandre Goubau (1540-1604) était grand aumônier de la cathédrale d’Anvers, et un marchand de soieries très prospère. En effet, quand Anna Anthony se retrouve veuve, elle commande ce tableau à Rubens pour épitaphe. C’est un bel exemple de la tradition flamande du tableau de dévotion privée, comportant les portraits de grands donateurs.

Vous excuserez les petites taches de lumières dues à l’éclairage de la pièce. Je me permets d’ailleurs de préciser que certaines huiles sont malheureusement victimes de gros reflets lumineux pour cette même raison.

Rubens est connu pour son style porté sur le mouvement, la couleur et la sensualité. Ici, compte-tenu du sujet, le mouvement n’est pas au centre de l’oeuvre – cela étant c’est un Christ bénissant les donateurs, il est donc penché vers eux. C’est pour ma part la sensualité qui m’a le plus frappée. Devant ces deux donateurs dans l’ombre, humbles et austères, la Vierge et l’Enfant apparaissent auréolés de lumière et le Christ est un poupon au teint rose et frais.

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Adoration des Mages, attribué à Jacques Nicolaï

Dans ce tableau l’artiste namurois, m’a permis de découvrir la technique de la grisaille. Souvent utilisée par les flamands du XVIIe siècle, elle est l’équivalent du chiaroscuro (le clair-obscur). Jacques Nicolaï m’était inconnu, et j’ai ainsi appris qu’il avait fréquenté l’atelier de Rubens au point d’être selon Baudelaire, le « faux Rubens ».

Je trouve de nombreux points communs entre la grisaille et la photographie en noir & blanc (que j’affectionne énormément) : l’important est le traitement de la lumière. Le jeu entre les ombres confère au tableau une impression un peu étrange et mystérieuse. Je doute que ce soit l’intention première des peintres lorsqu’ils travaillent cette technique; en effet, j’ai lu que c’était souvent utilisé dans les premières esquisses ou pour peindre des tableaux avant de créer leur version colorisée à plus grande échelle. Mais avec l’art, peu importe l’intention du créateur, c’est aussi au spectateur d’y voir ce qu’il y voit !

France, XVIIIe siècle

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Baigneuse et sa suivante, par l’Atelier de François Lemoyne

En 1724, Lemoyne crée la toile La Baigneuse pour François Berger. Ceci en est une réplique d’atelier. Je l’aime pour sa douceur, le magnifique travail de la transparence de l’eau qui laisse apparaître le bout du pied de la baigneuse, l’aspect satiné de son chignon tressé et la sensualité de sa peau.
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Deux chasseresses au repos, d’après Étienne-Maurice Falconet (1716-1791)

Là, c’est tout simplement un coup de cœur « prévisible » car j’adore le biscuit. La manufacture de Sèvres a inventé cette technique basée sur la céramique. C’est donc une faïence cuite sans émaillage, ce qui lui donne cet aspect mat, comme poli.

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Vue de Paradis près de Chanteloup, 1769

Je ne suis pas spécialement passionnée de tableaux de paysages, mais quelques-uns m’ont plu. C »et le cas de deux toiles de Jean-Pierre-Louis-Laurent Houël.

Détail

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Ces deux toiles m’ont émue pour leur représentation de moments figés, ensoleillés et paisibles. La vie semble s’y écouler sans heurts, loin du tumulte. Le travail y est dur, mais satisfaisant. L’horizon dégagé, les jardins fleuris et le bruissement des ailes qui s’envolent du colombier… C’est une vision d’un autre temps, et je suis restée songeuse en m’imaginant parmi eux.

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Vue du château du Feuillet à Souvigny, 1769

Détail

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Enfin, à ma grande surprise, le Musée des Beaux-Arts de Tours possède aussi une harpe Érard, relativement bien conservée. Évidemment, je suis toujours curieuse de découvrir des harpes historiques !
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Harpe Restauration, de chez Érard, en érable, cèdre et bois doré

J’espère que cette pause culturelle vous aura donné envie d’aller visiter notre joli musée. Vous pourrez aussi en profiter pour prendre le soleil dans son jardin à la française, puis aller déguster un kouign amann au salon de thé qui fait le coin entre la place François Sicard et la rue de la Scellerie…