Cinéma, Culture

Nicole Garcia, la master class du CEFF2016

Bonjour à tous,

En ce moment se déroule le Festival du film franco-américain des Champs-Elysées. J’y étais hier pour assister à une master class donnée par Nicole Garcia, sous l’angle des questions lancées par Laurent Rigoulet du magazine Télérama.

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Le prochain film de Nicole Garcia ? Mal de pierres, adapté d’un roman de Milena Agus, avec Marion Cotillard, Louis Garrel et Alex Brendemühl, dont on nous promet des merveilles. En voici un extrait :

Ce serait de l’avis général – du public présent à la masterclass du moins, « le plus abouti de ses films ». Présenté à Cannes le mois dernier… car la réalisatrice l’admet volontiers, c’est toujours « difficile de résister aux sirènes », il y a été très bien reçu.

Quand on lui demande comment elle décide de se lancer dans un nouveau projet, si c’est par rupture avec son film précédent, dans la continuité ou selon un processus tout autre, elle parle de rencontres. Rencontres avec des personnes, des auteurs, ou des livres, comme c’est le cas ici : un livre « conseillé par un ami », auquel elle a voulu donner un corps sur écran. C’est avec Jacques Fieschi qu’elle écrira ce film, d’ailleurs cela se fera « très vite » par va-et-viens de scénario entre les deux auteurs. C’est aussi parce qu’elle veut « presser le rythme », et on sent une urgence calme dans son appétit à tourner.

Ce film retrace 17 ans de la vie de l’héroïne. C’est par elle que passe toute l’histoire. Avec humour, la réalisatrice remarque d’ailleurs que « ses personnages sont toujours au bord de l’internement psychiatrique ». Mais c’est pour mieux les sauver.

Elle évoque avec pudeur comment « l’imaginaire peut sauver de l’effondrement », idée que je trouve très intéressante et que je partage en grande partie. L’évasion de l’esprit peut sauver, détourner des gouffres de l’existence dans lesquels on peut parfois risquer de tomber.

La discussion continue, et on lui pose la question de son goût pour les stars. Prenons l’exemple de Gérard Lanvin : dans « Le fils préféré » (1994), elle voulait Lanvin car il était « l’archétype idéal de l’homme méditerranéen, beau sans le savoir ». Il avait une certaine fragilité derrière son physique, une ombre de doute. D’ailleurs, il a été « difficile à convaincre, car l’idée d’assumer un personnage capable de penser au parricide (même l’espace d’une seconde) le dérangeait fortement ». Il aura raison d’accepter, car ce rôle lui vaudra le César du Meilleur Acteur.

Pourquoi la star ? Comment choisit-on son casting ? Il y a parfois des surprises. Pour son premier film, Garcia cherchait une Marilyn. Elle voulait pouvoir mettre les enfants à côté de son actrice et insuffler une gêne, presque une peur chez le spectateur, cet air de »on ne va quand même pas confier des gosses à une femme comme elle » ! En fait, ce sera Nathalie Baye. On est loin de l’idée de départ, mais par sa « folie froide, elle a donné une force au film ».

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Pour Nicole Garcia, « l’acteur est important, c’est lui qui lance le film ». En tant que cinéaste, elle montre d’ailleurs beaucoup. C’est normal, « [elle est] actrice, [elle vient] de là ». Alors elle joue tous les rôles elle-même, elle explique sans rien dire, uniquement par le geste. Il y a des scènes où elle dirige beaucoup ses acteurs, d’autres moins. Elle dirige le plus pendant les deux premières semaines de tournage, après elle lâche un peu plus la bride. Avec une star comme Marion Cotillard pour Mal de pierres, comme avec tout grand acteur, « on prend un objet de désir de tous, et on le détourne ». Le métier d’acteur est tellement lié à l’idée de séduction, il y a un besoin d’être regardé, « en tant qu’acteur on dépend toujours du désir de l’autre ».

Nicole Garcia est « actrice par vocation, et cinéaste par éruption ». Elle nous explique comment, pour contrer le doute sur la légitimité d’une actrice à passer derrière la caméra, l’histoire était son passeport. Pour elle, et c’est le conseil qu’elle donne aux jeunes réalisateurs présents, « le scénario c’est le passeport ». Ensuite, « le montage, c’est le grand tamis ». Elle nous parle aussi de Truffaut, qui disait qu’on bricole beaucoup, et tout d’un coup un motif va sauter aux yeux, un angle inattendu, une dimension supplémentaire apportée par les acteurs qui emmènent le film ailleurs.

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Nicole Garcia « croit au risque du plateau ». Pour elle, « le cinéma ce n’est pas du théâtre. Il faut que ça brûle tout de suite. » Cotillard, très littéraire, avait sur le plateau un petit cahier. Ce qu’elle y notait ? Nicole le sait pas. Mais entre chaque scène, elle disparaissait munie de son carnet, s’isolait. Encore ce monde imaginaire dont je vous parlais au début.

Nicole aussi a un carnet. Dans le sien, des croquis, des dessins des scènes à tourner. Une chose est sûre, Nicole Garcia est une femme délicieuse, tout en pudeur et en humour « à son insu de son plein gré » comme on dit; elle est pétillante et franche. Elle ne joue pas. C’est sans doute pour ça qu’on dit de ses films qu’elle les habite. Alors Mal de pierres est sur ma liste. Pas envie de rater le travail de ces deux femmes à cahier.

Pour aller plus loin…

 

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