Cinéma, Culture, Musique

Le Musical

Bonjour chers lecteurs,

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un genre cinématographique et de son Histoire : le musical. En effet, le système des Studios fonctionne sur les genres. En français, au lieu de dire musical, on dit comédie musicale, mais ce terme injecte un autre genre dans le film, ce qui n’est pas toujours le cas. Le genre est arrivé avec le parlant. Il en existe plusieurs types :

  • l’Opérette : qui devient rapidement l’une des grandes sous-catégories du Musical, notamment à la Paramount avec Mamoulian ou Lubitsch.
  • La Revue filmée : on filme le ou les numéros des artistes, mais cela reste très limité en terme de mise en scène.
  • Le backstage musical : on filme les numéros, avec aussi les répétitions et tout ce qui se passe dans les coulisses, le tout avec des efforts de mise en scène. C’est le sous-genre qui a traversé le temps.

Le Musical comme genre majeur

Busby Berkeley

La RKO devient très vite le seul studio qui travaille sur le genre que l’on pourrait appeler des comédies musicales: comédies romantiques, amoureuses, et traitées par les différents numéros des différents performeurs. Pour cela, la RKO a un couple vedette: Fred Astaire/ Ginger Rogers, de 1933 à 1939.

À la Warner, de 1933 à 1939, un réalisateur trouve que la revue filmée est trop limitée et n’exploite pas assez les possibilités du cinéma. Cet homme, c’est Busby Berkeley. C’était un chorégraphe, metteur en scène, le tout dans les musical uniquement. Sa carrière s’étend des années 30 aux années 50, même si il travaille beaucoup moins à la fin de sa carrière. Il passe à la MGM dans les années 40, et la qualité de ses films s’en ressent. Dans les années 30 à la Warner, lorsqu’il travaille sur un film, il ne le réalise pas entièrement. La Warner séparait le travail entre les séquences non-musicales, qu’un Yesman s’occupait de réaliser, et les séquences musicales, confiées à Berkeley. Ainsi, on peut dire que dans ces années-là, les comédies musicales de la RKO sont plus abouties que les backstage musicaux de la Warner: les numéros à la Warner ne s’impliquaient pas dans la logique de narration et étaient autonomes, rendant ainsi pour chaque numéro l’effet d’un court-métrage à l’intérieur du film. L’idée de Berkeley était que la revue filmée étant limite, il fallait la développer. Ainsi, ces numéros suivent tous le même scénario: cela part d’une revue filmée, avant que, à l’aide la mise en scène, du montage, des mouvements de caméra, on s’échappe totalement du cadre spatio-temporel (et ainsi du numéro), avec aussi une importance toute particulière pour le visage féminin.

Extraits : Footlights Parade, 1932, avec le numéro de Berkeley, « By a Waterfall ». C’est une véritable échappée du cadre, puisqu’on se retrouve avec des dizaines de femmes au pied d’une immense cascade, etc. On note la synchronisation parfaite, l’importance du montage et des mouvements de caméra, ainsi que la prédominance des formes géométriques variées, où les filles sont ces formes géométriques ou des véritables pièces montées, ainsi que l’érotisme très important et assez explicite, mais qui est loin de l’érotisme des films bibliques ou des femmes fatales. D’ailleurs, cet érotisme n’a jamais dérangé la censure car il se cachait derrière l’innocence du genre.

Le musical de Berkeley est une célébration de la vie et du rapport sexuel sous son côté direct et souriant. Avec ce réalisateur, le film musical devient rapidement une hyperproduction. Mais le style Berkeley ne sera pas repris à la MGM, lorsqu’il y passa dans les années 40, malheureusement pour lui.

Avec Berkeley, le musical devient un genre majeur.

L’Âge D’Or à la MGM

En 1939, avec Le Magicien d’Oz débute l’Âge d’Or du Musical, à la MGM, et ce jusqu’en 1959, avec le film Gigi réalisé par Minnelli, et qui termine cet âge d’or donc. À la MGM, l’unité de production des films musicaux est dirigée par Freed. Berkeley rejoint l’équipe à la fin des années 30, mais il ne restera pas très longtemps. Il y avait avec lui deux autres metteurs en scène intéressants: Charles Walters et George Sidney. Minnelli, cité plus haut, alternait entre mélodrames et musical: ces films musicaux avaient le lyrisme du mélodrame, et ces mélodrames avaient la chorégraphie, dans certaines scènes, du musical. Sidney a quant à lui réalise deux films de capes et d’épées considérés comme majeurs: Les Trois Mousquetaires (1948) et Scaramouche (1952). Pour ce faire, il les a dirigés comme des films musicaux, avec par exemple Gene Kelly dans le rôle de D’Artagnan. Scaramouche est un véritable miracle, d’après M. Berthomieu: toutes les bonnes personnes étaient là au bon endroit et au bon moment, avec aussi la très bonne idée de confier le film à Sidney, qui traite le film comme un ballet, et de confier la musique à Young, qui avait ici un contrat ponctuel.

Les Stars du Musical

Judy Garland

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Gene Kelly

Désigné comme l’acteur le plus sympathique du cinéma classique

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Fred Astaire

 à la fin des années 40 à la MGM…

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Il n’existe qu’un seul numéro où Fred Astaire et Gene Kelly dansent ensembles, et ce n’est même pas un film ou une chorégraphie formidable.

Le Pirate, 1948, de Minnelli, avec Judy Garland et Gene Kelly. C’est l’histoire d’une fille qui rêve de se marier avec un pirate, contrairement à la volonté de ses parents, qui la veulent avec un riche bonhomme antipathique. Un cirque arrive en ville, et Gene Kelly se fera passer pour le Pirate. Quiproquo comique, lorsque l’on apprend que le pirate que Garland veut épouser n’est autre que le vieux moche que ses parents lui ont promis, contre son gré. Dans ce film, par rapport aux scènes de Berkeley, on est beaucoup plus dans la performance d’acteurs-danseurs, avec une chorégraphie beaucoup plus « personnelle » que chez Berkeley, comme on le voit avec l’utilisation des plans longs, qui sont proportionnels à la performance de l’acteur. Véritable esthétique de la performance.

Un Américain à Paris, 1951, avec Gene Kelly. Ce film s’inspire du poème symphonique éponyme de George Gershwin et révèlera Leslie Caron, qui aura ensuite une carrière à Hollywood (c’est une française), carrière qui n’est pas encore terminée, puisqu’elle était sur scène au Châtelet il y a encore quelques années. La scène présente un aspect euphorique, mais aussi très mélancolique.

On peut comparer le musical au théâtre antique. La tragédie est insoluble, sauf lorsqu’un Dieu arrive sur Terre et résoud tous les problèmes. On a alors droit à un Happy End. Grâce à lui, la pièce peut se terminer.

Années 60

Dans les années 60, le musical est très spectaculaire. La visée des Studios, dans ces années-là, était de montrer des choses uniquement possibles au cinéma. En effet, à cette époque, on assiste à l’essor de la télévision, qui vient concurrencer le cinéma. Les Studios produisent donc des musicals vraiment très longs, comme West Side Story (1961) ou La Mélodie du Bonheur (1965), tous deux réalisés par Robert Wiese. Les années 60 furent la décennie des succès pour Wiese.

Il existait pourtant un deuxième type de musical, dans les années 60, qui découlait des musicaux  des années 50. Durant ces années-là, c’est tout le cinéma qui se transforme, et le musical n’est pas du tout exempt de ces transformations, qui sont d’autant plus évidentes. Par exemple, les musiques, jusqu’ici empruntées à des grands compositeurs comme George Gershwin, Cole Porter, ou encore Jérôme Kern, deviennent beaucoup plus rock’n’roll, avec l’arrivée de cette musique dans la société. Hollywood a ainsi très vite reçu la musique rock, dans ou hors du musical, comme avec le film Graines de Violence, avec Glenn Ford dans le rôle d’un professeur qui a du mal avec sa classe et son leader violent : l’univers des jeunes est symbolisé par la musique rock’n’roll.

L’intégration au musical se fait à travers des propositions nombreuses pour LA star du rock’n’roll, Elvis Presley. Immense star du rock, il fut donc logiquement une grande star du cinéma, même si son talent, qui aurait pu se développer, fut cacher par le fait que les rôles qui lui étaient proposés étaient du sur-mesure, dans des emplois divers mais avec toujours du chant, quoiqu’il joue. Ses meilleurs films étaient ceux faits par des bons metteurs en scène, tels que Curtiz, avec King Creole (1955, Paramount), ou George Sidney, avec Viva Las Vegas (1964, MGM).

Annex - Ann-Margret (Viva Las Vegas)_04

Viva Las Vegas est certainement le meilleur film avec Elvis Presley. Grâce à Sidney donc, grâce à la MGM, et aussi grâce au fait que, pour la première fois, la partenaire féminine d’Elvis était au même niveau que lui en termes de chant et de danse. Ce fut un très grand succès pour cette actrice, Ann Margret, qui deviendra le sex-symbol des années 60 (après Garbo et Dietrich dans les années 30 et 40, et Maryline Monroe dans les années 50), même si elle a eu une petite carrière dans le Cinéma, et surtout grâce à sa grande carrière musicale (elle a eu une véritable importance sur la culture américaine). Sidney était fasciné par sa beauté.

Bye Bye Birdie, de Sidney, et toujours avec Ann Margret (ils tourneront trois fois ensembles), est un film assez particulier: c’est un mélange de comédie adolescente et de film musical. Au centre du film, on retrouve un pastiche d’Elvis Presley, Conrad Birdie, qui est drafté par l’armée américaine. Idée de son agent : qu’il dise au revoir à l’Amérique pendant un an, en direct à la télévision, en embrassant une fille, choisie après ce qu’on présentera comme une large campagne de sélection (alors qu’en fait, la secrétaire choisit d’un coup une fiche dans un casier). Cette fille, c’est Ann Margret, que son petit ami ne veut pas du tout voir embrasser la star en direct devant tout le pays. Mais c’est trop tard, et un monde fou envahit la petite ville de campagne américaine. Le film est un pastiche sérieux sur de nombreuses choses, tout en fondant leur esthétisme. Par exemple, si on veut voir à quoi ressemblait une comédie américaine des années 50 ou 60, on se doit de voir Bye Bye Birdie. Le film est sorti au début des années 60, mais se situe plus dans la mentalité des années 50. Il est très drôle dans le ridicule. C’est aussi l’un des premiers films à parler du phénomène de la star, avec Ed Sullivan (présentateur télé de l’époque, très connu, qui joue ici son propre rôle), et le caractère d’hystérie sexuelle très montré par les scènes musicales.

Les films Bye Bye Birdie et Viva Las Vegas précèdent de quelques années les films sur les Beatles, avec Hard’s Day Night (1964, de Richard Lester, plus connu sous le nom de Quatre Garçons dans le Vent) et Help (1956, Richard Lester).

Tous les films de l’Âge Classique Hollywoodien renvoient à d’autres films classiques, selon un principe constant de réécriture, et ce à partir des années 0 ou même 10 (et non pas à partir des années 70, comme on le lit parfois). Plus le classicisme avait d’ampleur, plus ce principe de complicité s’est développé.

Par exemple, Keaton, dans les années 20, présente un burlesque rempli de pastiches des films précédents. C’est un équilibre entre les pastiches et les films sérieux, qui est la base du Cinéma Classique Hollywoodien. Par exemple, Bye Bye Birdie est un pastiche d’Elvis et présente au moins une référence à Autant, se moque de la Guerre Froide (avec l’épisode des russes et du ballet), Janet Leigh en brune (alors qu’elle est surtout connue pour être LA blonde de Psycho). Il y a ainsi constamment des intertextes dans la création classique. C’est un travail complexe de référence, qui se détache de la parodie.

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