Mercredi 8 novembre 2017, la Bibliothèque municipale de Tours organisait une rencontre avec l’écrivain Loulou Robert. La jeune femme de 25 ans (je le mentionne car nous avons le même âge, ce qui rapproche toujours un peu) est discrète, assise parmi l’assemblée qui attend que la rencontre démarre.

Élancée, fine, Loulou Robert est solaire. Elle s’installe devant nous et son naturel est rafraîchissant. Elle a les cheveux attachés mais un peu foufous, un gros pull en laine qui semble doux comme du coton et un joli pantalon vert sapin. Ses mains aux doigts de ballerine portent quelques bagues en or. Sobre et accessible, on sent que Loulou a du goût.

Après une petite introduction (la rencontre était animée par Maeve), l’auteur nous parle de Biancair?t=estgdai 21&l=am2&o=8&a=2260029345 - J'ai rencontré Bianca (ou une soirée avec Loulou Robert), de certains de ses personnages et de la suite, son deuxième roman : Hopeir?t=estgdai 21&l=am2&o=8&a=2260029760 - J'ai rencontré Bianca (ou une soirée avec Loulou Robert). Puis, elle nous lit quelques extraits. Je découvre son univers, touchée et troublée. Bianca, c’est un peu vous et moi, enfin en tous cas, elle me parle. 16 ans, larguée dans le chaos de l’univers, à la recherche de sens, de direction. De protection aussi, parfois. Elle en a pris, des murs dans la tronche. Pourtant elle a un humour terrible, une âme toujours sensible et des tragédies crédibles.

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Elle commence son histoire à son arrivée en unité psychiatrique, pour tentative de suicide. Univers glaçant, qui peut faire peur (à juste titre) mais pour des raisons bien trop ancrées dans nos conceptions judéo-chrétiennes occidentales, dans lesquelles l’esprit et le corps ne se traitent pas de la même façon.

Le cancer fait peur, mais les gens en parlent, la médecine s’y attaque avec des armes visibles. La dépression c’est plus sournois, elle terrorise au point que le monde la cache. Les armes contre les douleurs de l’âme sont invisibles, immatérielles, bien loin de notre société du palpable.

J’ai acheté ce roman dès la fin de la rencontre, l’ai entamé le soir même dans mon lit avant de dormir et l’ai fini le lendemain matin en prenant un bain (gros luxe le bain du jeudi matin, je sais, mais on parlera de ça une autre fois). Je ne voulais pas le lâcher, c’était trop vrai, trop spontané. Bianca était juste là, à côté de moi, et me racontait ses histoires comme on parle à une amie quand on lui dit des secrets un soir de vacances.

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Le livre m’a plu, ça va de soi. Les personnages sont dessinés en quelques traits mais prennent vie avec beaucoup d’énergie. Ils sont intéressants, pas très bavards mais éloquents. L’attachement est immédiat. Alors peut-être que ce monde sans filtre rose ne plaira pas à tout le monde, car c’est un livre fort, parfois douloureux, mais au fond c’est un livre de joie et de réel. Pas d’apitoiement, jamais. Pas de faux-semblants non plus. Shit happens, you know.

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Quant à la rencontre, elle fait d’autant plus sens maintenant que j’aime Bianca. Évidemment, Loulou Robert l’aime aussi, elle vivent ensemble, peut-être comme des soeurs (je n’en ai pas, je ne sais pas). Ces doubles de papier sont toujours intrigants pour le lecteur qui veut trouver le vrai du faux. Sauf qu’on s’en fout, en fait. Ce qui compte, c’est le roman, le récit, l’émotion et le partage d’imagination. Bianca est réelle, puisqu’on parle d’elle. Elle existe, puisque sa vie est dans un livre.

Pour nous parler de son premier roman, Loulou Robert évoque huis-clos : en HP, comment la vie revient ? Par quel chemin ? Le second, c’est différent. Bianca se trouve à New-York à 17 ans, où elle a emménagé avec son père. Au milieu de la foule qui grouille, c’est là qu’elle découvrira la vraie solitude. Loulou Robert, qui y a vécu également, fait ici une déclaration d’amour ambiguë à cette ville-miroir. 

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Quand on lui demande si elle a toujours voulu écrire ?

Je ne « voulais » pas écrire… J’étais assez pommée […] mais je n’étais pas inquiète parce que je savais qu’il allait se passer quelque chose. […] C’était déjà là mais je ne savais pas ».

Elle parle d’avoir toujours été bonne élève à l’école mais pas scolaire, elle s’ennuyait trop. Elle avait une affinité certaine avec les mots, et on a voulu l’envoyer en prépa mais elle est allée à la fac, ça ne lui a pas plu et elle s’est retrouvée à faire du mannequinat, puis le déclic est arrivé et elle a écrit. Maintenant elle est écrivain et c’est très bien.

Son processus d’écriture ?

De façon spontanée, dans un café avec du bruit, et de la musique dans les oreilles.

L’écriture de Bianca ? 

En cinq semaines, et la publication est allée très vite, avec le soutien infaillible de son éditeur Bernard Barrault.

On parle d’un projet de film…

Bianca sera effectivement adapté au cinéma, ce sera un film américain, avec une réalisatrice jeune et super ! Le tournage devrait commencer au début de l’été prochain, pour une sortie espérée courant 2019. Nous n’en saurons pas plus pour l’instant (tout ça est toujours très hush hush).

Et la suite ?

Un troisième livre de Loulou Robert est déjà paru, Mue. En dix nouvelles, Loulou Robert raconte la vie de dix femmes qui se libèrent chacune de quelque chose… Un quatrième livre est en cours d’écriture, sera vraisemblablement un roman dont l’héroïne est une femme d’une petite vingtaine d’année mais elle ne porte pour l’instant pas de prénom.

Je lui pose une question qui me trotte dans la tête, quand je vois la rapidité du processus qui a mené à son premier roman (dont les critiques ont fait l’éloge, et que je rejoins complètement) : quid de la difficulté de soumettre son premier livre au regard, au jugement de l’autre ? Comment appréhender ce passage de la solitude face à son papier, à l’exposition vulnérable de ce qu’il révèle de soi ?

Généreuse et sincère, Loulou répond :

C’est toujours douloureux de lâcher son bébé […] mais on n’écrit pas que pour soi, enfin je pense pas. C’est quand on sait ce que le livre a fait aux gens, s’il a aidé, c’est là que ça vaut le coup.

Alors merci à toi Loulou, et à Bianca aussi.