Cinéma, Culture

Le cinéma documentaire : transposer le réel (2)

Les pères fondateurs (suite)

John Grierson est issu de l’école documentaire britannique (voir Drifters, 1929). Son film Drifters est un documentaire sur la pêche aux harengs, produit avec le soutien de l’Empire britannique. C’est un film de propagande impérialiste. Pour Grierson, il n’y a pas d’art pour l’art, mais toujours dans le but de transmettre un message. Son inventivité formelle est mise au service du message: il opère un traitement créatif de l’actualité.

Joris Ivens (voir La pluie, 1929) est né aux Pays-Bas. Communiste, il a voyagé pour militer partout dans le monde. Son oeuvre est teintée du formalisme des avant-gardes. Son parcours est représentatif de l’évolution du cinéma à la période charnière 1920-1930. Son film La pluie est une expérimentation esthétique. Par le montage, Ivens crée des confrontations riches/pauvres, certains motifs visuels sont des aberrations: on jette par exemple le blé à la mer alors que certains meurent de faim. La voix-off commente pour affirmer le point de vue du cinéaste et son message univoque: c’est un pamphlet anticapitaliste. Les personnes filmées sont prises comme des exemples, et les images comme des illustrations.

Le cinéma reste un moyen au service d’un message, qui dépasse l’art pour l’art. On assiste au développement du commentaire en voix-off et à l’institutionnalisation du documentaire.

Georges Rouquier propose au public des documentaires joués (voir Farrebique 1946). C’est alors la transition entre le muet et l’ère du direct, entre le documentaire et la fiction. Ce film raconte la vie d’une famille de paysans en Auvergne, tourné pendant un an avec les moyens de l’écriture fictionnelle. Comment alors qualifier ce réalisme ? Rouquier évoque Flaherty comme son maître. Nous sommes en présence d’une unité de lieu, et d’une certaine proximité humaine avec les personnages filmés. Le contexte historique n’est pas mentionné, il n’y a pas de message politique. Ce n’est pas un film à visée didactique. Les dialogues sont écrits, les éclairages artificiels. Les paysans jouent leur propre rôle. Rouquier reconstruit donc la réalité à l’écran.

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