Cinéma, Culture

Le Cinéma classique Hollywoodien (1930-1960)

Bien le bonjour chers lecteurs,

Aujourd’hui, je vais ébaucher avec vous un résumé d’un pan majeur de l’histoire du cinéma occidental. L’appellation « cinéma classique hollywoodien » a été utilisée en premier par André Bazin. Cela désigne plus une vue d’ensemble que les œuvres en particulier : cela désigne en fait la structure hollywoodienne du cinéma, à cette époque (avec sa normalisation, sa standardisation, sa massification).

Qu’est-ce qui la distingue du reste ?

Le rapport à la nation américaine

Le cinéma Hollywoodien a une capacité indéniable à créer du collectif : pour le spectateur, ce cinéma donne l’impression d’un modèle et entraîne donc une adhésion. Les films dits classiques sont la création de l’image d’une Amérique idéale et unie (alors que la population américaine est bigarrée, ethniquement et socialement). Le cinéma Hollywoodien crée ainsi comme dans de nombreux pays une identité nationale.

Dans les années 30, le cinéma est un divertissement de masse : il s’impose rapidement comme la déformation positive des Etats-Unis, avec la volonté de répandre le fameux American way of life, ou le mythe du self-made-man (destinée individuelle bénéfique pour tous). On observe un travail sur l’idée de frontière (avec les Westerns, frontière territoriale, mais aussi avec l’idée du Bien et du Mal, frontière métaphorique), sur la question de la destinée, de la nature… Tout cela forme un réservoir de sujets pour le cinéma Hollywoodien.

On assiste ainsi à la création de figures d’exemple, comme le Président Lincoln. En effet, de nombreuses reconstitutions historiques partent de lui : élu en 1860, assassiné le 14 avril 1865, avec le fameux « Sic semper tyrannis ! », il est également associé à la Guerre de Sécession et à l’abolition de l’esclavage. Lincoln est l’idéal de la Nation démocratique, et est souvent symbole d’amour de l’Amérique et de paix.

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On retrouve aussi l’incarnation de la nation dans des films de genre, comme les films de guerre (mais qui mettent en avant le pays avant les soldats) ou les films de sécurité nationale, qui mettent en scène une menace sur le pays. Jusqu’à l’arrivée de la 2nde Guerre Mondiale, ces films sont uniquement des films de fiction. En 1942, Capra dirige une série de films de propagande, Why we fight, qui justifient l’entrée en guerre des américains, et un cinéaste comme John Ford rencontre le Président Roosevelt : les cinéastes se mettent au service de la nation, pour la guerre.

Ainsi, à cette époque, plus de 94% de la production de Walt Disney est de la propagande, avec les japonais et les nazis comme ennemis, le tout en utilisant des personnages de cartoon. Le studio participe aussi à l’effort de guerre en vendant des bons, notamment grâce à l’image de Bugs Bunny.

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Un exemple de cette propagande, mais pas produit par Walt Disney, le personnage Snafu : Situation Normal All Fucked Up. C’est un petit personnage de dessin animé, créé par l’armée et uniquement pour les soldats, pas pour les civils. Le Pentagone, lorsqu’il ne produisait pas lui-même (comme avec Snafu), contrôlait toutes ces productions.

Un autre exemple de cet investissement du Cinéma pour la Nation, avec George Stevens : il est mandaté pour Eisenhower pour faire des documents filmés qui serviront ensuite comme preuves dans les procès de Nurenberg. Cela donne Nazi’s Concentration Camps. Ainsi, les cinéastes de fiction se mettent au service de la nation dès qu’elle a besoin d’eux.

Le cinéma Hollywoodien comme Mythologie

Les Studios se développent entre 1913 et 1920 mais s’épanouissent dans le classicisme Hollywoodien, avec le système des Major : la production et la réalisation des films sont organisées par stricte répartition des rôles et des cercles de compétences. Le système des contrats fait de tous des employés des studios, et entraîne ainsi une dépendance par rapport à la chaîne hiérarchique (qui est très bénéfique pour les Major). Cela entraîne aussi une certaine idée de luxe, symbolisée par les Stars, qui plaisent aux spectateurs et sont les arguments de vente des Studios, d’où de nombreuses histoires de ruptures de contrats, après des scandales par exemple. Les Stars étaient le visage des Studios. Les circuits de distribution étaient aussi un élément très important, car ils permettaient au Studio de conserver ou d’élargir son influence sur le public américain.

Mais le vrai cœur du système des Studios était le public. En effet, le succès de n’importe quelle production dépendait d’eux, c’est pourquoi on faisait très attention aux volontés des spectateurs en tant qu’individualité mais aussi et surtout en tant que collectivité.

Le cinéma classique Hollywoodien désigne une manière de fonctionner des Studios. La fin de l’Âge classique se situe ainsi vers les années 60, lorsque ce système décline et disparaît. Le cinéma classique Hollywoodien était basé sur une structure narrative fluide, une très grande qualité des moyens visuels, des codes techniques, des codes spatio-temporels et des codes sociaux.

Il existe une permanence de ce cinéma dans l’Histoire. Tout d’abord, même si il a beaucoup changé, Hollywood est toujours là, et a toujours une place très importante dans l’industrie cinématographique mondiale. Ensuite, le succès des années 30 à 60 est resté dans les mœurs, et il est aisé pour tous de citer des Stars ou des réalisateurs de cette époque, sans pour autant être un professionnel du cinéma. On note aussi la présence d’influences extérieures : Fritz Lang venait d’Autriche, Hitchcock d’Angleterre, par exemple. Ainsi, le cinéma Hollywoodien avait cette capacité d’absorption de ce qui n’était pas sien, et de tout faire tourner à son avantage. Par exemple, les crises économiques seront plutôt bénéfiques pour le cinéma (qui se posera comme élément d’évasion du quotidien morose ou permettra le développement de nouvelles technologies, comme pour le son). Beaucoup d’argent sera récupéré après la 2nde Guerre Mondiale (sans oublier le plan Marshall, avec sa clause cinématographique) ou bien encore lorsque le péplum italien fait de l’ombre au cinéma Hollywoodien, ce dernier contre-attaque avec des films aux budgets faramineux et gigantesques (notamment grâce à la couleur, très importante dans cette idée de gigantisme).

La puissance de Hollywood se mesure avec sa maîtrise du trio format-son-couleur, et se caractérisera par la création des Blockbusters, ces films aux moyens énormes et spectaculaires, dont le but était de ramener le plus de monde possible dans les salles.

On utilise d’autres termes pour caractériser ce cinéma, comme L’Usine à Rêves. Ce cinéma a toujours rencontré beaucoup d’adhésion critique (surtout après la 2nde Guerre), et a formé de nombreux professionnels, et une certaine cinéphilie, mais montrait parfois une sorte de mépris pour le spectateur, et on assistera à l’utilisation de la période 30-60 pour critiquer le cinéma commercial Hollywoodien des années post-60.

Quelques genres typiquement américains (c’est-à-dire inventés par ce cinéma, et difficilement copiables en dehors des frontières cinématographiques du pays) sont le Musical, le film noir, le Western, avec la création d’un style propre au cinéma Hollywoodien à travers ces genres.

Un genre typiquement américain

Le Western et Johnny Guitar

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Johnny Guitare est un film de Nicholas Ray sorti en 1954, avec Sterling Hayden dans le rôle de Johnny, et Joan Crawford dans le rôle de Vienna. Johnny est un cow-boy qui décide d’arrêter le fusil pour la guitare, même si cela se révèle difficile. La particularité du film est de faire d’un personnage féminin, Vienna, une chef, et de construire l’intrigue sur elle. On y trouve l’idée d’une communauté, et on note l’absence totale des indiens.

Le genre Western présente toujours plus ou moins les mêmes ingrédients, les mêmes thèmes sous-jacents : la communauté, l’idée de conquête de l’Ouest, contacts avec les Indiens, installation de la société, symbolisée souvent par le chemin de fer, présence de hors-la-loi, absence d’homogénéité dans les communautés…

Signes d’affaiblissement

Avec la pratique de la Runaway Production, on assiste à l’affaiblissement économique des Studios : on dépense pour faire des films hors de l’enceinte des Studios. Ces derniers sont aussi rachetés dans les années 60-70 par des entreprises multimédias, et perdent ainsi de leur importance. Ils ne sont plus détenus par des gens de cinéma, et l’importance des profits passe avant le reste dans la production, ce qui a logiquement amené quelques trous artistiques. Ils perdent leur singularité en devenant des éléments d’une généralité qui leur est supérieur.

Il y a aussi un divorce entre le cinéma et les institutions politiques, qui s’était certainement développé depuis la chasse aux sorcières, mais a trouvé son expression parfaite pendant la Guerre du Vietnam, que de nombreux films montreront sous un angle péjoratif, montrant une guerre atroce et sans bonnes intentions : The Deer Hunter, Apocalypse Now

L’homogénéité de la production va s’affaisser : la structuration des genres va diminuer, avec de plus en plus d’hybridations, et le Décret Paramount de 1948, qui va imposer la séparation de la production et de la distribution au nom des lois anti-trust: le système des studios est donc ainsi complètement chamboulé, et leur pouvoir considérablement diminué (ils ne maîtrisent plus tous les éléments d’un film, de la production à la post-production…).

1952 : la Cour Suprême reconnait au Cinéma la protection du 1er Amendement de la Constitution.

Cela veut dire, en d’autres termes, que plus personne ne peut intervenir sur les sujets des films, et qu’ainsi les codes disparaissent et on assiste à la diversification des sujets.

Le Code Hays

Appliqué en 1934, il disparaît en 1960 et encadre l’Âge Classique. Au départ, c’était un texte d’autoréglementation, pour lutter contre la mauvaise image d’Hollywood, et qui interdit donc certains sujets, avant de porter sur tout, du scénario à la mise en scène. Il a donc fait office pendant de longues années de cadre structurant. Exemple, dans le film La Rivière sans retour, d’Otto Preminger, en 1954, avec Robert Mitchum et Marilyn Monroe, qui est un Western se passant en 1875 : un fermier sauve une jeune chanteuse, et au fur et à mesure des péripéties de l’histoire, ils finissent par tomber amoureux.

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L’étendue du Code Hays est particulièrement forte sur tout ce qui concerne le crime, le fait de ridiculiser la loi divine ou naturelle, la décence dans la vie, et interdit complètement tout ce qui concerne la brutalité, le sexe, la vulgarité, l’obscénité, les blasphèmes, les sacrilèges, les scènes d’alcool et de beuverie (sauf si elles sont mises en scène pour faire passer une idée de moralité)…

Peut-on trouver une prolongation du cinéma Classique Hollywoodien dans les Blockbusters ? Ce sont des productions et des distributions très importantes, avec une volonté d’attirer le plus de spectateurs…

Ouverture sur le Nouvel Hollywood

Au début des années 1960, l’usine à rêves Hollywood, et les recettes qui avaient fait leurs preuves, atteignent le point mort. La carrière de réalisateurs de renom comme Alfred Hitchcock ou John Ford décline, et les stars de l’Âge d’or sont soit mortes (Humphrey Bogart, Gary Cooper), soit sur le retour (Cary Grant, John Wayne). Les dirigeants des studios, tous très âgés comme Jack Warner, occupent ces postes depuis l’ère du cinéma muet et ont perdu tout contact avec la réalité sociale du moment.  De plus en plus de sont étaient produits pour un public qui n’existe plus, et, dans une tentative désespérée de le reconquérir, les studios engagent des sommes immenses dans des films monumentaux ou des comédies musicales.

C’est dans ce contexte qu’est arrivé le Nouvel Hollywood : Le Nouvel Hollywood désigne un mouvement cinématographique américain de la fin des années 1960 au début des années 1980, qui modernisa de façon significative la production de films à Hollywood. Ce cinéma, inscrit dans la contre-culture et influencé par le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague française, se caractérise par la prise de pouvoir des réalisateurs au sein des grands studios américains et la représentation sous une nouvelle radicalité de thèmes alors tabous comme la violence ou la sexualité. Le Nouvel Hollywood renouvela également les genres classiques du cinéma américain (western, film noir) ou les «déconstruisit» en s’affranchissant de leurs conventions.

La période relativement courte du Nouvel Hollywood est considérée comme une des phases les plus importantes du cinéma du point de vue artistique, et révéla de nombreux réalisateurs comme Francis Ford Coppola, Martin Scorsese et Dennis Hopper.

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  1. hollygoli

    16 juin 2013 at 14 h 45 min

    Très intéressant ton article !

    1. estellegdaily

      16 juin 2013 at 15 h 40 min

      Merci beaucoup, ça me touche vraiment quand on notes mes articles d’histoire du ciné, c’est pas les sujets qui plaisent le plus (entre la folie NPA et tous les blogs looks…) ! Donc merci :)

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