Art & Littérature, Culture, Musique

Langage, poésie et musique dans les opéras d’Offenbach

 

Les rapports entre langage, poésie et musique dans les opéras d’Offenbach

 

Le mardi 12 novembre à 19h, M. Hugo Rodriguez, aspirant FNRS, a présenté une conférence sur le sujet des rapports entre langage, poésie et musique dans les opéras d’Offenbach. M. Rodriguez a tenté d’établir des liens entre ces trois éléments en posant l’hypothèse de l’influence mutuelle différenciée. Pour appuyer son propos, il s’est proposé d’étudier trois cas de rapports entre langage, métrique et musique chez Offenbach: l’air en prose de Pluton, l’air de Métella, et enfin l’air de l’entrée des rois.

Tout d’abord, nous pouvons nous poser la question de l’usage de métrique dans les textes de musique vocale. En effet, pourquoi la musique vocale est-elle si attachée à la métrique ? La musique vocale a une triple organisation : une organisation linguistique (recouverte par les domaines de la phonologie, de la morphologie, et de la syntaxe), une organisation poétique c’est-à-dire la métrique (organisation du discours en syllabes, vers, strophes et usage de rimes), et enfin l’organisation musicale qui consiste en organisation mélodique, harmonique, rythmique etc. Mais comment peut-on justifier la présence de métrique en musique vocale ? Deux hypothèses sont avancées : la métrique servirait de pont entre langage et musique (c’est l’idée de musicalité en poésie), et elle confèrerait une certaine spécificité à l’effet de sens. Pourtant, nous ne manquerons pas de remarquer que de grands compositeurs ont mis en musique des textes en prose: par exemple Debussy, Gounod, ou encore Berlioz.

Afin de répondre à la question de l’usage de la métrique en musique vocale, M. Rodriguez pose une nouvelle hypothèse, celle de l’influence mutuelle différenciée. Ainsi, dans un espace-temps culturel donné, il existe une influence structurelle de la métrique sur la musique au moment de la production par le compositeur. De même, il existe une influence perceptuelle de la musique sur la métrique au moment de la réception par l’auditeur. Par exemple, lorsque Debussy met en musique des poèmes de Baudelaire, l’influence structurelle est faible : il y a discordance, tandis que l’influence perceptuelle est forte : il y a concordance. À l’inverse, lorsque Ferré met en musique les poèmes de Baudelaire, il y a une influence structurelle forte (concordance), et une influence perceptuelle faible (discordance). C’est cette double influence fonctionnant à l’inverse, à la fois structurelle et perceptuelle (quand l’une est forte, l’autre est faible), que M. Rodriguez propose de nommer l’influence mutuelle différenciée. De plus, elle s’exerce à deux niveaux : au niveau général c’est-à-dire celui des principes formels, et au niveau particulier c’est-à-dire dans le cadre précis d’une oeuvre un d’un corpus d’oeuvres.

Pour appuyer son propos, M. Rodriguez analyse l’air en prose de Pluton, extrait de la version de 1874 d’Orphée aux Enfers. Le texte a été emprunté à M. Janin et légèrement modifié par Hector Crémieux, le librettiste d’Offenbach : Hector Crémieux a donc composé le texte d’un air de musique vocale à partir de prose, et l’air est constitué d’un mélodrame, d’une psalmodie et d’un récitatif puis d’une structure musicale «A-B-A-Coda».

Ensuite, dans l’air de Métella extrait de La vie parisienne, l’organisation linguistique et métrique est formée de deux dizains eux-mêmes constitués d’un sizain et d’un quatrain. Les vers sont des décasyllabes, et les rimes suivent le schéma AAB CCA DEDE. Dans cet air, la métrique utilisée est ce qu’on appelle la métrique de chant. Il en découle une impression naturelle, c’est une métrique souple et le registre courant confère au texte un caractère badin. Au niveau de l’organisation musicale, il y a deux parties : la première est constituée d’un motif A repris en A’ , et la seconde est un motif B. Ce type de construction se nomme le satz, et la première partie forme une tension cumulative que vient résoudre la seconde partie. Dans cette oeuvre, une unité linguistique équivaut à une unité métrique et à une unité musicale : nous sommes dans le cas d’une concordance totale entre langage, métrique et musique.

Pour finir, dans l’air de l’entrée des rois extrait de La Belle Hélène, nous observons un très bon exemple de discordance entre langage, métrique et musique. Ainsi, Crémieux utilise la métrique de chant et compose des heptasyllabes et pentasyllabes pour la strophe réservée au choeur; ce sont des vers courts, impairs (on assimilait les vers impairs au chant). Puis il écrit des huitains en rimes croisées. Au niveau musical, on retrouve la forme du satz mais cette fois il y a une nette discordance entre le nombre de notes et le nombre de syllabes, créant des effets de répétition du texte. Cette discordance donne lieu a de multiples effets comiques, à tel point que cette discordance a nécessairement été un choix conscient.

 

Vous pouvez télécharger ce compte-rendu de conférence ici :

Les rapports entre langage, poésie et musique chez Offenbach !

Et pour le clin d’oeil, vous retrouverez la technique musicale du satz (utilisée comme procédé comique dans l’air de l’entrée des rois) dans cette pub pour un célèbre grille-pain ;)

signaturee

Rendez-vous sur Hellocoton !

Tu es passé par ici ?