Culture, Musique

La Norma de Bellini, incarnée par Sonya Yoncheva

Amis mélomanes, je vous souhaite le bonjour,

Ça y est, la rentrée est bien entamée et avec elle la nouvelle saison de diffusions d’opéras au cinéma ! Quel bonheur de retrouver ces soirées d’émotion pure et de musique magistrale…

rohnormaLe 26 septembre dernier, la Royal Opera House nous proposait donc un événement de taille : l’opéra Norma de Vincenzo Bellini, sous la baguette d’Antony Pappano, et mis en scène par Àlex Ollé.

Dans le rôle-titre, la bulgare Sonya Yoncheva qui, en plus de remplacer la diva incontestée Anna Netrebko, incarnait la grande prêtresse pour la première fois.

Norma, dont le livret de Bellini a été écrit par Felice Romani, prend sa source première dans l’oeuvre tragique en cinq actes et en vers d’Alexandre Soumet intitulée Norma ou l’Infanticide, à laquelle il a mêlé des influences telles que Chateaubriand, et ses propres livrets précédents notamment celui de Médée. La scène finale est d’ailleurs une création originale de Bellini et Romani.

Le récit

Norma est la grande prêtresse du temple des druides et dirige le peuple gaulois avec poigne, mais cache un lourd secret. En effet, alors que c’est l’occupation romaine, elle s’est éprise d’un ennemi : le proconsul Pollione, dont elle a eu deux enfants. Malheureusement pour elle, il la dédaigne au profit d’Adalgisa, son amie qui est également une jeune vierge de son temple. Le triangle amoureux et le noeud de l’intrigue sont posés.

Adalgisa, déchirée entre son amour pour Pollione et ses voeux pieux, se confie ainsi à Norma. Elle lui explique son désarroi (sans citer le nom de son amant) dans un des plus beaux duos de l’opéra, et Norma lui pardonne son péché, ne comprenant que trop bien la difficulté qu’une jeune femme peut éprouver à réfréner les élans d’une passion amoureuse.

Mais l’identité du bellâtre ne tardera pas à être découverte, ce qui laisse Adalgisa dans la plus profonde détresse, et plonge Norma dans une rage blanche. La trahison et le mensonge sont véritablement au centre du récit. Norma tente en vain de convaincre Pollione de renoncer à Adalgisa, qui elle aussi est désespérée d’avoir été mise dans cette position.

Norma contemple alors l’idée de tuer ses enfants, par vengeance notamment mais surtout pour leur éviter de devenir esclaves. En effet, ce sont les enfants illégitimes d’une gauloise et d’un dirigeant romain, ce qui ne leur laisse pas un avenir radieux.

L’intrigue se dénoue quand Norma finit par avouer sa faute. En effet, elle comprend qu’elle n’obtiendra pas le retour de Pollione, mais ne peut se résoudre à condamner Adalgisa pour une erreur qu’elle a commise avant elle. Dans un véritable acte de sacrifice, elle confesse donc à son peuple l’avoir trahi et avoir littéralement couché avec l’ennemi. La seule issue à un tel aveu est le bûcher, mais dans cette version c’est au dernier moment que le père de Norma la tue pour lui éviter plus de souffrances…

Un casting d’exception

C’est bien simple : Antony Pappano est pour moi l’un des plus grands chefs en activité aujourd’hui. Sa culture, son amour de la musique, sa joie non dissimulée à exercer ce métier sont autant de traits qui se ressentent dans son travail. Je vous avais déjà parlé de lui dans mes articles précédents (le ballet Frankenstein, l’opéra Boris Godunov, Lucia di Lammermoor avec Diana Damrau…), et je continuerai sans doute de le faire dans les suivants ! Je pense que de toute façon, il est impossible d’être musicien à un tel niveau sans profondément aimer les gens, le public, et la rigueur imposée par le répertoire. Il faut rendre justice au travail des compositeurs, et cela ne va pas sans une vision globale des oeuvres, mais aussi la précision du détail, la gestion des silences, la tension pleine, le respect du caractère

Je vous le disais plus haut, Sonya Yoncheva remplaçait donc Anna Netrebko dans le rôle-titre. Et quelle prise de rôle… Sa technique a été mise au service du belcanto avec une maîtrise et une pudeur que j’ai trouvées admirables. Je ne l’avais jamais vue à l’opéra, et j’ai été ravie de découvrir une actrice entière, généreuse. Dans ce rôle, elle est incisive, franche, elle vit le rôle et nous fait oublier que c’est l’une des oeuvres les plus difficiles pour une soprano. Vous aurez sûrement déjà entendu cet air célébrissime, Casta Diva… Je vous en laisse seuls juges.

J’ai également apprécié Joseph Calleja incarnant un Pollione que je n’ai pu m’empêcher de trouver attachant, presque tendre. Il m’est apparu comme un homme cruel, certes, mais aussi guidé par son coeur et empli d’amour. L’interprétation du ténor maltais m’a séduite par ses nuances et sa complexité. Tout n’est pas blanc ou noir.

Parmi mes autres coups de coeur, je place incontestablement Brindley Sherratt en haut de la liste dans le rôle d’Oroveso, le père de Norma et chef religieux. Il m’a bouleversée dans l’acte final : sa découverte de la trahison de Norma et de ses conséquences, l’émotion qu’il a peine à contenir lorsqu’elle lui demande de s’occuper de ses enfants après sa mort, et son geste inconcevable pour un père… Il met de côté ses sentiments pour la sauver des flammes, ou plutôt il écoute son coeur et accomplit la seule option restant à sa portée.

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Dans le rôle d’Adalgisa, la mezzo italienne Sonia Ganassi. Je vous en propose ci-dessous une vidéo de son interprétation du rôle dans une autre mise en scène au Gran Teatre del Liceu de Barcelone il y a une dizaine d’années; vous constaterez avec moi qu’elle a une voix chaleureuse, ronde, et très virtuose. J’ai particulièrement aimé la voir au début de l’oeuvre, amoureuse et heureuse, céder aux avances de Pollione.

Comme toujours, j’espère vous avoir fait découvrir de belles choses et vous avoir donné envie d’en savoir plus ! N’hésitez surtout pas à me laisser vos impressions en commentaire en bas de l’article, c’est toujours un plaisir de vous lire et de partager avec vous.

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Pour trouver la prochaine retransmission en direct de Covent Garden la plus proche de chez vous, rendez-vous ici. Je ne le dirai jamais assez, il y a un réseau exceptionnel de cinémas qui diffusent la saison d’opéras depuis Londres, que ce soit en direct ou en rediffusions. Vous pouvez forcément trouver une séance qui vous convienne, ne passez pas à côté de ces belles occasions !

Si vous souhaitez en apprendre plus sur l’oeuvre, et notamment retrouver tous les bonus fournis par la Royal Opera House (extraits de répétitions filmées, conférence donnée par Pappano, photos officielles…), rendez-vous sur cette page, et entrez le code promo FREENORMA afin d’obtenir le programme numérique.

Le 17 octobre prochain, vous pourrez découvrir Così fan tutte de Mozart, sous la baguette de Semyon Bychkov cette fois-ci et avec un casting de jeunes artistes montants dont la soprano américaine Corinne Winters.

J’espère vous retrouver au cinéma Publicis des Champs-Élysées, ou en instantané sur les réseaux sociaux.

Passez une douce soirée… 

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1 Comment

  1. Les Contes d'Hoffmann avec Vittorio Grigolo | Estelle G. daily

    2 mars 2017 at 10 h 47 min

    […] sincère et pure du quatrième acte. Je vous avais déjà parlé d’elle à propos de Norma de Bellini. C’était très intéressant de la voir dans un rôle totalement différent, beaucoup plus […]

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