J’espère que vous allez bien, parce que pour ma part la saison musicale 2016-2017 fut riche (et n’est pas encore terminée mais commence doucement à ralentir), et j’ai à ce jour vu en vrai une bonne partie des chanteurs que j’admire profondément. Aujourd’hui, je partage avec vous ce qui restera sûrement l’un des plus grands bonheurs de mon parcours, ma rencontre avec Joyce DiDonato et ma soirée magique dans le public de son récital « In War & Peace » autour de son projet humaniste #TalkPeace. Je vous invite vivement à lire cet article du Guardian, écrit par l’artiste elle-même et dans lequel elle nous explique sa démarche (déclenchée par l’horreur des attentats parisiens de novembre 2015).

joyce7 1024x922 - Joyce DiDonato en concert au Théâtre des Champs-Élysées

Ce récital se découpe en deux parties, la première pose un constat : le monde est tourmenté, souffrant de conflits et de tragédies, tandis que la deuxième partie propose un élan vers la lumière, une parenthèse d’espoir et d’apaisement.

WAR

Alors que le public s’installe, Joyce DiDonato est déjà sur scène, assise en silence dans le noir. Chaque spectateur a une réaction en la remarquant, parfois c’est l’empressement et l’excitation, d’aucuns dégainent leur appareil photo, d’autres sourient… Une chose est sûre, nous savons tous pourquoi nous sommes venus.

joyce6 717x1024 - Joyce DiDonato en concert au Théâtre des Champs-Élysées

Si je ne devais parler de Joyce qu’en un seul mot : charisme.

Elle rayonne, irradie, la scène est sienne tout entière et il n’y a aucune négociation possible. J’ai rarement assisté à ce phénomène, et certainement pas dans ces proportions : du moment où on la reconnaît sur les planche, elle est la Reine.

Quand à la musique… Vous le savez maintenant (après Julia Lezhneva, la réouverture de Favart, ou mes vagabondages versaillais), j’aime la musique baroque. J’aime sa fluidité et ses élans, son apparente liberté en réalité souvent si codifiée, ses tensions harmoniques et sa théâtralité. La mezzo interprète ce soir des airs baroques :  Haendel, Purcell, Gesualdo… Alors évidemment, il y a des oeuvres moins souvent chantées, et aussi des gros tubes, mais ce serait un comble de s’en plaindre !

PEACE

joyce1 683x1024 - Joyce DiDonato en concert au Théâtre des Champs-Élysées

Programme

Haendel Scènes d’horreur, scènes de malheur, extraites de Jephta
Leo «Prendi quel ferro, o barbaro!» air extrait d’Andromaca
De Cavaleiri Sinfonia Rappresentatione di anima e di corpo
Purcell Ciaconna en sol mineur pour 3 violons et basse, Lamentation de Dido, extrait de Dido and Aeneas
Haendel « Pensieri, voi mi tormentate » air extrait d’Agrippina
Gesualdo Tristis est animam mea (pièce instrumentale)
Haendel « Lascia ch’io pianga » air extrait de Rinaldo
Purcell « They tell us that you mighty powers » air extrait de The Indian Queen
Haendel  « Crystal streams in murmurs flowing » air extrait de Susanna
Pärt Da pacem, Domine
Haendel  « Augelletti, che cantata » air extrait de Rinaldo, « Da tempeste il legno infranto » air extrait de Giulio Cesare

Durée du concert
1ère partie : 40mn environ – Entracte : 30mn – 2e partie : 30mn environ

La voix de Joyce est solaire, a un côté dense comme un bon vin, riche en arômes reçus au gré du vent. Est-il encore nécessaire de mentionner sa technique, quand tous les ressorts qu’elle utilise sont mis au service de l’expression, du texte, et de la théâtralité ?

La mise en scène est très audacieuse et moderne, à l’image de celle qui la sublime. Des extraits vidéos tapissent les murs et le fond de scène, la régie lumière plonge la salle dans des couleurs vibrantes (jusqu’au rouge sang), des jeux d’ombres et de fumée créent des ambiances mystérieuses et inquiétantes.

Conçu comme un bloc cohérent ne souffrant pas d’interruption entre chaque air, nous sortons complètement du cadre du récital – parfois somme toute assez scolaire. C’est un véritable moment d’opéra, avec une scénographie et une mise en scène qui donnerait envie de voir ce qu’elle ferait d’une oeuvre complète.

L’artiste partage la scène avec l’ensemble Il Pomo d’Oro, qui jouent sur instruments d’époque avec une connaissance experte de ce répertoire. Mention spéciale à la violoniste qui nous as tous surpris et subjugués en donnant la réplique à DiDonato dans le virtuose « Augelletti, che cantata » … à la flûte !

Un danseur est également présent, qui ne m’a pas semblé tout à fait indispensable mais reste néanmoins agréable à admirer.

Après les bis habituels, la mezzo clôture son concert par « Morgen » de Richard Strauss… peut-être pour donner envie aux baroqueux fanatiques de se mettre à écouter un autre répertoire ? Peut-être par pur plaisir personnel ? En tous cas, la mélodie plaît et le public est conquis.

La musique comme lien entre les hommes

En arrivant étaient disposés sur chaque siège une enveloppe. Chaque spectateur a reçu une carte, un message d’amour et de bienveillance de la part de la diva. Elle y écrit son vœu, œuvrer pour une entente des hommes et mettre le projecteur sur ce que l’humain a de meilleur. Émue et sincère, Joyce DiDonato a terminé cette soirée par un discours à notre encontre, qu’elle a prononcé en français. Elle espère nous offrir un havre de paix et de joie si ce n’est au long terme, au moins le temps d’un soir. Elle nous propose aussi – et c’est là le coeur de son projet – de répondre à une question…

Comment chacun de nous, vous et moi, trouvons la paix au milieu du chaos ?

Je vous invite à me répondre ici, et sur la page du projet (si uniquement ici, précisez-le et j’irai moi-même rajouter votre message là-bas). L’idée est qu’au terme de cette collecte mondiale, une exposition soit donnée pour porter ces réponses lumineuses comme étendards contre les ténèbres.

 

À très vite pour toujours plus de culture et d’émotion…