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Franc-maçonnerie: entre mythe et réalité, une conférence par Baudouin Decharneaux

Le 13 novembre 2012 avait lieu à l’ULB une conférence sur le thème de la franc-maçonnerie, visant à mettre en lumière la réalité de cette organisation. L’invité du jour était Baudouin Decharneux, professeur à l’ULB, directeur du Centre Interdisciplinaire d’Etude des Religions et de la Laïcité, membre de la Chaire d’éthique des affaires de la Solvay Business School, et membre de l’Académie Royale de Belgique. La conférence s’est axée sur l’histoire de la franc-maçonnerie, et ses implications dans la société.

Le mot franc-maçonnerie désigne un ensemble de phénomènes historiques et sociaux très divers formant un espace de sociabilité qui recrute ses membres par cooptation et pratique des rites initiatiques faisant référence à un secret maçonnique et à l’art de bâtir.

L’année 1717 marque pour ainsi dire le début de la maçonnerie avec la création de 4 loges maçonniques, en lien avec la Royal Society à Londres, dans l’intention de créer un mouvement pour la liberté de conscience, un espace dans lequel les savants puissent échanger sans crainte des pressions religieuses. Les Constitutions d’Anderson sont alors rédigées, elles sont l’un des textes fondamentaux de la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie se développe rapidement, faisant montre d’un grand succès tant au Royaume-Uni qu’à l’étranger. Une franc-maçonnerie féminine existe également dès cette époque, touchant surtout les aristocrates, mais ce mouvement tombera en désuétude pendant de nombreuses années. La franc-maçonnerie est dès le départ très morcelée, on peut par exemple voir apparaître une loge maçonnique irlandaise catholique, en conflit avec la loge anglaise anglicane. L’idéal de cette organisation est la fraternité humaine, malgré ce grand morcellement.

Le principal mythe fondateur de la franc-maçonnerie est la construction du temple de Salomon. Mais d’une loge à l’autre, l’usage des symboles est plus ou moins important; certains mettant l’accent sur les rites, et d’autres se plongeant directement dans le vif du sujet (les débats d’idées). De plus, tout est décidé par vote. La franc-maçonnerie a évolué d’un axe très religieux à anti-clérical puis anti-religieux pour être aujourd’hui anti-dogmatique. Il n’y a pas de doctrine: la liberté de conscience prévaut. Lors des séances, et dans la vie quotidienne pour qui se considère maçon, il n’y a pas non plus d’attaques à l’encontre de figures religieuses ou philosophiques ni de violence verbale à l’encontre de croyances d’autrui.

La vocation sociétale de la franc-maçonnerie est d’être un espace fraternel, avec l’intérêt de la transversalité. Il y a aussi des activités de l’ordre du divertissement, selon les loges. M. Decharneux a pu dire que « certains trahissent leur idéal en considérant que fraternité implique pistonner ses semblables », et il a insisté à titre personnel (les maçons se doivent de toujours s’exprimer uniquement à titre personnel, excepté s’ils sont explicitement les représentants ou porte-parole d’un groupe) sur le fait que cette pratique n’est pas ce en quoi il croit. Les « frères et soeurs » sont par contre là pour qu’en cas de coup dur, on puisse leur demander de l’aide: il y a un système de solidarité immédiate. Les séances en elles-mêmes sont tournées vers l’importance du débat philosophique, il y a à chaque fois un ordre du jour et tous les membres sont incités à donner leur avis de façon constructive et dans l’écoute. C’est un peu un club, une appartenance. Toujours selon M. Decharneux, ce qui nuit à la franc-maçonnerie, c’est le secret.

Lors de la conférence, M. Decharneux, qui se revendique franc-maçon et choisit de ne pas s’en cacher, a répondu aux questions de l’auditoire. L’intérêt de beaucoup s’est porté sur les contraintes quotidiennes et les avantages de la vie de franc-maçon. Trois contraintes principales ont été relevées: fréquenter sa loge (les réunions ont lieu généralement chaque semaine, mais l’assiduité ne doit pas forcément être absolue, il faut simplement s’impliquer selon ses possibilités et ne pas venir une fois l’an), payer une cotisation (environ 150€ par an), et respecter la loi du secret en ce qui concerne les rites et l’identité des membres. En retour, une loge peut, comme nous l’avons dit, aider financièrement en cas de coup dur, mais aussi moralement (c’est un lieu où naissent des amitiés). Mais une loge peut également décider d’exclure un membre, auquel cas il a le droit de se défendre, c’est alors une question de parole contre parole.

M. Decharneux a tenté de ne pas peindre un tableau trop positif de la franc-maçonnerie, mais bien évidemment, étant membre lui-même on ne peut que se demander où tracer la limite entre réalité et propagande. Il l’a d’ailleurs dit assez clairement: les sceptiques, méfiants ou ceux qui propagent des rumeurs sur le sujet pourront trouver dans cette conférence plus de raisons de s’en méfier. Et de nombreux intellectuels, lorsqu’un ami leur propose de rejoindre l’organisation, voient d’un mauvais oeil le fait de devoir lâcher prise et faire confiance à quelqu’un presque les yeux fermés. En effet, pour devenir franc-maçon il faut accepter de s’en remettre à un membre et le suivre à une séance pour se faire initier, sans savoir concrètement ce qui l’attend. Mais il défend l’idée d’une « bonne » franc-maçonnerie, sans nier du tout le fait qu’en fonction des loges, et surtout en fonction des pays, la réalité de cette organisation peut changer du tout au tout. On se souvient notamment de l’appartenance du Général Pinochet à la maçonnerie, et on ne peut pas décemment le considérer comme quelqu’un de fraternel et souhaitant propager la liberté de conscience.

Pour en savoir plus sur Baudouin Decharneux, il est l’auteur de la thèse « Le Logos dans l’oeuvre de Philon d’Alexandrie : cosmologie, angélologie, anthropologie », sous la direction du Professeur Couloubaritsis (ULB, Bruxelles, 1992). Il a également publié « Luc / L’initiation. Splendeurs et misères » et « Luc / Le symbole » avec Luc Nefontaine, respectivement aux éditions Labor et dans la collection Que Sais-je ?, « Du Logos au Verbum: itinéraire rapide d’un éclatement conceptuel de la philosophie juive hellénisée aux balbutiements de la théologie du Verbe » dans « Les moyens d’expression du pouvoir dans les sociétés anciennes », et bien d’autres publications encore.

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