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Et toi, tu es quoi ?

L’identité est une notion qui fait débat sur bien des niveaux. Elle est même devenue taboue, et on a supprimé certains mots du vocabulaire d’usage pour leur côté trop « discriminant », ou laissant en tous cas place à la discrimination. Aujourd’hui, le communautarisme est devenu la norme : on appartient à une famille, qui vit dans une ville, au sein d’un département, d’une région, d’un pays, d’un continent et ainsi de suite ; mais sans jamais s’intéresser d’abord au fait qu’on appartient à la même espèce animale. Parce que oui, chers amis, nous sommes des animaux, ni plus ni moins (animaux pensants, certes, mais en cela nous avons une responsabilité encore plus grande).

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Dans cette société communautariste, il y a donc tout un tas d’étiquettes qu’on se colle à la peau (ou qu’on laisse d’autres nous coller sur le front, au choix): « je suis parisien », « je suis African American » – encore un terme créé de toutes pièces par peur du mot noir chez nos chers colonisateurs d’outre-Manche -, « je suis du 9-3 » en sont autant d’exemples qu’on entend sans plus se choquer. Maintenant on peut même ajouter à toutes ces cases ethniques/régionales, la case encore  plus intime de l’orientation sexuelle (mais ce n’est pas le sujet du billet d’aujourd’hui). Je discute souvent de ce problème avec des personnes de confiance, avec qui je choisis d’en parler par conscience du fait qu’on ne peut pas débattre de tout avec tout le monde… il faut choisir ses combats ! Toujours est-il que quand j’en parle, j’ai parfois des naïfs en face de moi qui trouvent que j’ai une tendance à voir le mal partout : c’est vrai, j’ai les yeux grand ouverts et quand je me révolte ça se voit. Mais ma révolte est légitime.

Quand on me demande, « et toi, t’es quoi? » je ne peux que me sentir menacée et assujettie au jugement. Vous me direz peut-être que mon interlocuteur s’intéresse à mon héritage culturel, et quand c’est le cas je réponds avec plaisir sans me braquer, mais c’est rarement le cas. La plupart du temps quand on me demande « ce que je suis », c’est pour cette personne l’occasion de savoir dans quelle case me ranger, quoi penser de moi, ou se faire une idée de mon niveau dans l’échelle sociale. Et là, ça ne va pas. Avec moi, what you see is what you get : je suis Estelle, et je suis définie par mes actions. Point barre. Il n’y a aucun besoin d’aller chercher plus loin pour décider qu’on souhaite me fréquenter ou non, que je suis « assez bien » ou pas.

J’ai la chance d’avoir une famille très étendue (fille unique mais une multitude d’oncles, tantes, cousin(e)s, etc), dispersée dans de nombreux pays de résidence, et disposant d’un héritage culturel divers et varié. Je considère ma famille comme une force, et leur passé m’a transmis un amour de plusieurs cultures. Grâce à cette mixité, je me considère en premier lieu comme humaine. C’est ce qui me définit, c’est pour cette raison que je suis toujours curieuse d’aller vers les autres, c’est pour cela que la médiatisation grandissante de l’islamophobie (et toutes autres haines liées à l’origine géographique, aux croyances religieuses ou à la culture) et l’incitation au communautarisme me déglinguent.

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Je suis lucide sur le monde d’aujourd’hui, et comme on a pu me le dire… « j’ai de la chance, ça se voit pas sur mon visage« . J’ai une peau de porcelaine, les cheveux châtains ondulés à bouclés, des taches de rousseur et les yeux verts. En me voyant, le mec lambda ne pourrait pas deviner mon héritage culturel (ce qui m’a parfois permis de connaître la vraie nature des gens, en participant à des conversations de racistes qui ne se doutaient pas que je me prenais leurs mots en plein dans la gueule). De plus en plus, je ressens le besoin de lutter contre ces idées réductrices. Alors parce qu’on a en face de soi un noir, il serait africain, sans doute moins éduqué, et descendant d’esclaves ? Non mais sérieusement, il n’y en a pas marre des clichés ? Et encore, là je ne vous sors pas un dixième des conneries que j’ai pu entendre… oui parce que je n’aime pas vraiment répéter des insanités ou vous blesser, vous lecteurs, en écrivant noir sur blanc des horreurs – je me limite donc au « moins pire ». En plus de cela, Boubacar qui vit à Lyon n’a franchement rien d’un immigré : renseigne-toi deux minutes et tu découvriras que sa famille est en France depuis par exemple 5 générations, alors que toi petit breton de Nantes ce sont tes grands-parents qui sont venus s’y installer après la guerre.

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Seulement comme je le disais plus haut, pour certains l’héritage culturel se voit, et c’est ça qui change tout : cela donne libre cours à la haine des ignorants (bien entendu, chez les gens éduqués racisme il y a aussi, ne vous méprenez pas sur mes propos). J’en suis arrivée à un point où parfois, j’aurais aimé que chez moi aussi ça se voie… histoire de bien faire chier. J’ai développé une envie de remettre à leur place ceux qui n’ont pas compris qu’on était une même espèce qui vit au sein d’une même planète, et devrait s’enrichir des cultures des autres plutôt que les prendre comme prétexte à la haine, la guerre ou le génocide.

A-t-on déjà vu un troupeau de vaches limousines décimer la population de charolaises parce qu’elles n’aiment pas leur couleurs de taches ? Et même, vous en connaissez beaucoup des écureuils qui s’attaquent à des corbeaux parce qu’ils n’aiment pas les animaux qui volent ? Oui, je sais, ce sont des exemples à la con, mais chez les humains ce sont aussi des réactions à la con !

Alors je vous le dis, moi je suis belge, française, flamande, francophone, jurassienne, russophile, bouddhiste tibétaine, algérienne, de parents élevés au Congo, amoureuse de l’Inde, provençale, bruxelloise, ex-rueilloise, musicienne, européenne…

MAIS SURTOUT JE SUIS HUMAINE.

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