Vous le savez, avant d’être « blogueuse culturelle », je suis d’abord musicienne. Encore au conservatoire, je suis donc de nombreux enseignements et suis parfois amenée à produire des textes dans ce cadre. Ainsi, en cours d’analyse auditive et commentaire d’écoute, j’apprends à synthétiser ma pensée et rédiger un texte se rapprochant de ce qu’on peut trouver dans des magazines spécialisés ou sur la jaquette d’un CD… à partir d’une œuvre inconnue. En effet, le principe est simple : 3 écoutes de l’œuvre, pas de partition, juste mes oreilles, mon cerveau et de quoi écrire. Je vous propose donc la première analyse auditive de l’année, datant du 18 octobre 2017.

DUTILLEUX METABOLES PAS 1024x653 - Obsessionnel, extrait des Métaboles de Dutilleux

L’orchestre symphonique n’a eu de cesse d’évoluer, et les compositeurs de chercher à le sublimer et en montrer l’inépuisable source de créativité. Nous sommes ici face à une telle démarche, dans laquelle l’orchestration permet la variété et le renouvellement de l’intérêt de l’auditeur en partant d’un matériau motivique simple et répétitif. En effet, savamment mise à profit, la répétition n’implique pas nécessairement la lassitude.

Dans une première partie, la prédominance est donnée aux vents soutenus par les cordes en pizzicati (principalement les violoncelles). Le mouvement commence ainsi par des pizzicati graves accompagnés de descentes chromatiques legato aux violons. Puis les familles de vents viennent s’ajouter progressivement : hautbois en descentes chromatiques, les bassons jouant de paire avec les pizzicati graves. Les cors interviennent ensuite en crescendo appuyé puis font place à un dialogue entre un effectif important de flûtes et de cuivres : les cuivres ont un motif de notes répétées et de quintes, legato, auquel répondent les cuivres marcato. Ce procédé réapparaît un peu plus tard au sein de la même partie, avant d’être interrompu par les cordes, à nouveau en pizzicati, ce qui marque la transition vers une seconde partie. Cette première partie constitue globalement un crescendo qui amène la seconde.

Alors, le principe de relai prend de l’ampleur : une alternance entre agrégats de cuivres très percussifs (trompettes, trombones) et motifs ascendants legato aux bois (clarinettes, bassons) apparaît. Les instruments se répondent dans une forme de surenchère et en marches descendantes. Les percussions frappées viennent interrompre ce duel musical et après quelques motifs contrastants se découpent les flûtes, utilisées dans la partie très haute de leur registre. Elles dessinent un motif descendant en escalier et amorcent un crescendo permis non seulement par l’interprétation des instrumentistes mais surtout par l’ajout des pupitres jusqu’au tutti orchestral forte. Dans ce crescendo, une accélération nette se fait entendre pour atteindre un presto animato dans lequel se glisse le glockenspiel à plusieurs reprises ainsi qu’une percussion frappée telle le woodblock. Ce crescendo s’achève dans un roulement de timbales. De façon surprenante, nous retrouvons alors une descente legato de cordes, piano subito. Une percussion les soutient discrètement.

Enfin, dans ce qui semble être un apaisement, les bois font leur retour, piano, et jouent un motif déjà entendu avant l’intervention très aiguë des flûtes, mais il s’efface et fait place à une note grave, tenue, et au roulement d’une caisse claire.

Cette œuvre est donc une pièce symphonique, peut-être à vocation scénique, par exemple une variation à destination de danseurs. Le compositeur a fait jouer les familles d’instruments, les contrastes de nuances et de tempi, et met en valeur l’étendue des possibilités de l’orchestre. L’aspect motivique y est très important. C’est une œuvre moderne, sans doute du XXe siècle et plus précisément post-première guerre mondiale.

Il se trouve donc qu’il s’agissait du mouvement Obsessionnel extrait des Métaboles de Dutilleux, dont je vous laisse écouter la version par le BBC Philharmonic. sous la direction de Yan Pascal Tortelier.