Art & Littérature, Culture

Défi littéraire #1

Il y a peu, Caroline du joli blog ParisianShoeGals a lancé un atelier d’écriture créative entre bloggueuses. Le principe: toutes les trois semaines, un thème et des termes imposés seront lancés, et les participant(e)s devront publier un texte de moins d’une page Word remplissant tous les critères. Le temps d’écriture donné est de maximum quinze jours pour laisser une semaine à la délibération. Puis, un jury composé de professionnels de l’écrit (voir la page explicative chez ParisianShoeGals directement) sélectionnera leurs trois textes favoris, qui seront publiés dans leur intégralité sur le blog. C’est là que les lecteurs pourront voter par commentaire, pour leur texte favori. Le grand gagnant recevra un cadeau, et la fierté d’avoir été choisi !

Mais sans plus attendre, je vous livre ici ma participation, en espérant que ça vous plaira et que vous serez indulgents (pas toujours évident d’intégrer des expressions qu’on entend plus beaucoup!).

Il y avait dans ce paysage une nostalgie lancinante. Je ne sais pas si c’était moi, ou le martèlement des gouttes d’eau sur le rebord de la fenêtre, mais je n’avais jamais été si proche et si lointaine à la fois. Je me souviens encore de ces matinées embuées, attendant le pedibus. Je me levais, gardais les yeux fermés, puis sortais du lit avec des langueurs de chat. La lueur du jour perçait à peine que déjà je devais faire preuve de cautèle pour ne pas déclencher l’humeur de verrat hépatique de ma vieille tante. Dans le silence, j’allais faire chauffer du lait et laissais mon esprit divaguer. Josiane, elle, en était déjà au Lacryma Christi. Je ne la plaignais pas, à l’époque. Sa simple présence me grillait les tympans. Telle une scie égoïne frottée contre un tableau noir, elle résonnait d’ondes machiavéliques, au point qu’on voulait creuser un trou et s’y cacher jusqu’à la nuit tombée. Une fois prête, rien ne me mettait donc plus en joie qu’aller à l’école, nonobstant les plus jolies qui n’arrêtaient pas de gloser dans mon dos, et les jeunes brutes qui le faisaient à visage découvert. Là-bas, je pouvais choisir de les éviter. 

Et puis un jour, j’ai rencontré Leïla. Elle avait 8 ans et des boucles brunes qui encadraient son visage poupin. Ses grands yeux noirs peignés de longs cils se sont tournés vers moi au goûter, et elle m’a donné des sablés à la framboise. Sans bien savoir comment, elle devint ma cicérone. Plus personne ne m’embêtait, parce qu’on ne pouvait pas vouloir embêter une personne choisie par un ange comme elle. Elle me faisait découvrir des passages secrets dans l’école, avait ses endroits préférés et les partageait avec plaisir. Le temps passa, et nous étions toujours amies. Elle m’invitait chez elle, où sa mère cuisinait dès le matin des plats qu’elle laissait mijoter des heures et qui embaumaient tout son pallier. 

De retour chez moi, la grosse face écarlate de Josiane ne me dérangeait plus. Il fallait bien qu’il existe des personnes comme elle, pour qu’une fille comme Leïla soit réelle. Alors je prenais mon mal en patience, les années passaient lentement, mais me rapprochaient de la liberté. 

Enfin, à l’aube de mes dix-huit ans, alors que j’étais en pleine séance de procrastination couchée dans l’herbe du jardin, j’entendis la virago tomber dans les escaliers. Ni une ni deux, je courus pour l’aider, mais son sang se répandait déjà sur le carrelage froid de la cuisine. Quand les secours arrivèrent, on ne pouvait plus rien faire. Entre-temps, Leïla était  déjà là pour me soutenir. Ma liberté avait un goût amer, mais je n’étais pas seule. J’étais moins seule ce matin-là que tous les autres. J’appris dans le courant de la semaine que Josiane avait des économies, grappillées quand elle travaillait dans un vieux caboulot parisien. Je saisis alors mon téléphone d’une main fébrile, et Leïla fut d’accord avec moi: on irait parcourir le monde, dans des pérégrinations incroyables. Notre complicité ésotérique ne prendrait jamais fin. C’était la dernière fois que je regardais par cette fenêtre, la dernière fois que je regardais ce paysage. Comme pour venir confirmer le feu qui brûlait dans mon coeur, j’entendis à la radio ces mots venus d’un autre temps: «n’entends-tu pas monter l’appel de la nuit, les cris des oiseaux de proie et de la lune qui se lève alors qu’hurlent les loups…».

N’hésitez pas à me donner votre avis !

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