Par où commencer… C’est un article qui va me demander du temps, je le sens ! J’ai d’abord pris le luxe de la réflexion, et rédige aujourd’hui 5 novembre (nldr : rédaction et publication n’ont pas toujours lieu au même moment, organisation oblige) un peu plus de trois semaines après être allée au Palais Garnier redécouvrir cet opéra cultissime.

L’argument

Créé en 1790 sur un livret de Lorenzo da Ponte, cet opéra nous raconte l’inconstance des femmes. Le titre signifie en effet « Elles font toutes ainsi ! », et le récit se veut une démonstration de l’infidélité. Nous sommes au XVIIIe siècle, dans la baie de Naples. Ferrando et Guglielmo sont amoureux respectivement de Dorabella et Fiordiligi, deux soeurs.

Or, ils ont un ami, Don Alfonso, persuadé que les femmes ne peuvent être fidèles à un seul homme et sont bien faibles face aux tentations. Pour prouver sa théorie, il parvient à convaincre les deux (naïfs ?) jeunes hommes de soumettre leurs amoureuses à un test. Un stratagème de mensonges et duperies est alors mis en place : Ferrando et Guglielmo prétendront aller à la guerre, et reviendront déguisés en soldats albanais pour tenter de séduire les fiancées vulnérables.

Despina, la servante des deux soeurs est la complice de Don Alfonso et permet aux « inconnus » d’entrer chez elles. D’abord tout à fait offusquées que leur vertu puisse être mise en doute, elles se laissent finalement amadouer, au grand désespoir des amants trahis. (Si vous voulez mon avis, à vouloir jouer on doit accepter d’être déçu !)

Don Alfonso, satisfait, peut conclure qu’il avait raison. Le subterfuge est dévoilé, les véritables couples se retrouvent dans une joie douce-amère. L’innocence n’est qu’un lointain souvenir…

cosi garnier6 1024x1024 - Così fan tutte, vu par Anne Teresa De Keersmaeker

La mise en scène

J’ai beaucoup à dire de cette version imaginée par Anne Teresa de Keersmaeker. Sachez toutefois que comme toute publication se voulant critique, je vais m’efforcer d’étayer mon propos par des arguments et de ne pas verser dans le « je n’ai pas aimé »… car en effet, ce soir-là je n’ai pas aimé.

La modernité, sans doute

N’est pas avant-gardiste, original, innovant ou que sais-je encore… qui veut ! La flamande propose ici une vision en tous cas moderne de cet opéra mille et une fois donné. Pas de costumes d’époque, pas de décors pompeux, pas d’ornementation ni d’accessoires. 

Le plateau est vaste, froid, vide. Seules quelques suspensions de plexiglas côté jardin, et des formes géométriques : rosaces, triangles équilatéraux, dessinés au sol.

cosi garnier4 1024x1024 - Così fan tutte, vu par Anne Teresa De Keersmaeker

Les artistes présents sur scène portent des vêtements contemporains, monochromatiques (aux couleurs d’ailleurs parfois flashy voire fluo), des baskets colorées et fonctionnent par binômes.

Ainsi, chaque chanteur est accompagné d’un danseur qui interprète une chorégraphie dans son dos, ou parfois le suit, et interagit avec lui. Les chanteurs dansent également, et leur gestuelle m’a particulièrement rappelé des images de séances collectives de taï chi.

Je suis d’abord tout à fait déroutée : la mise en scène n’est à première vue absolument pas narrative. Ne vous méprenez pas, j’aime la danse et en parle d’ailleurs sur le blog régulièrement. Certes, je ne suis pas bon public pour la danse contemporaine, car elle m’est plus étrangère et je n’en maîtrise pas les codes permettant une meilleure compréhension (et chez moi, appréciation vient après compréhension), mais je n’y suis pas réfractaire. J’ai simplement besoin de savoir pourquoi, de voir la nécessité du geste.

Or dans cette mise en scène, je reçois ces mouvements avec surprise, et scepticisme. J’ai tendance à les trouver gratuits, et cela me gêne. On m’expliquera alors que l’idée était de dépeindre l’état intérieur du personnage par la danse, pendant que le chanteur chante.

Mais alors, le chanteur est-il là uniquement pour produire un beau son ? D’ordinaire, le chanteur n’aspire-t’il pas à nous faire ressentir l’état intérieur du personnage, ses pensées, ses affects ?

Cette dissociation esprit/corps me pose un réel problème idéologique. Admettons maintenant que le chanteur mette ainsi toute l’émotion requise à faire vivre son personnage. Le danseur n’est-il pas alors redondant ? Je suis ouverte au débat et espère sincèrement vos avis sur la question.

D’un point de vue plus global, je trouve cette mise en scène lente, s’étirant en longueur et beaucoup trop sobre. Mozart était en effet (selon toute vraisemblance) un bon vivant, empreint d’humour et de sensibilité – voire de sensualité, même si je n’ai pas dîné avec lui hier.

Un plateau vide, dans les tons gris, était-il idoine pour rendre justice à ce chef-d’oeuvre ?

Un spectateur me dira : « en plus, l’orchestre de Paris n’a jamais été mozartien ». Alors bon, je ne peux prétendre en juger car je ne suis pas experte en direction et je ne sais pas si j’entendrais la différence. Toujours est-il que ce monsieur avait l’air bien sûr de lui, donc je vous transmets l’information avec des pincettes.

Les conditions d’écoute

Une autre raison qui m’a fait passer à côté de ce spectacle est purement une question de confort; ma place était une place à faible visibilité, très en hauteur, le siège était incroyablement désagréable (dur et froid). Je devais changer régulièrement de position pour éviter les courbatures, j’avais mon manteau sur mes cuisses… En plus de cela, j’étais en pleine semaine de déménagement et avais très peu dormi donc pour les raisons mentionnées plus haut, je manquais de m’endormir de temps en temps (et me suis d’ailleurs sûrement un peu assoupie…).

Pour conclure cet article un peu morose, je vous fais maintenant une confession. C’est la première fois que je quitte un spectacle avant la fin. Pourtant, j’en ai vus, et certains autres auraient davantage mérité ce sort. Je n’étais simplement plus en mesure d’apprécier quoi que ce soit, j’ai préféré rentrer dormir.

Si je devais quand même vous transmettre un coup de coeur de cette soirée : j’ai été conquise par Despina (Maria Celeng). Voilà voilà. ♡