Cinéma, Culture

Colonia Dignidad (2016)

Ola amigos…

Aujourd’hui c’est séance grand écran avec le film Colonia qui sort sur les écrans français en juillet, dans lequel Emma Watson incarne une jeune hôtesse de l’air au courage incroyable dans un contexte politique trouble, et son amant le sublime Daniel Brühl (Goodbye Lenin !, Inglorious Bastards…).

Allociné nous résume le scénario ainsi : Chili, 1973. Le Général Pinochet s’empare du pouvoir par la force. Les opposants au coup d’Etat descendent dans la rue. Parmi les manifestants, un jeune couple : Daniel, photographe, et son amie Lena. Daniel est arrêté par la nouvelle police politique. Il est conduit dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d’une secte dirigée par un ancien nazi. Une prison dont personne n’est jamais sorti. Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad.

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Lena est ainsi hôtesse de l’air, et amoureuse d’un sympathisant révolutionnaire qui ne vit au Chili que depuis quatre mois; et « s’y sent chez lui plus que nulle part ailleurs ». Il est donc engagé, apparaît dans les réunions de chiliens qui scandent « Vinceremos » (ndlr : nous vaicrons). Les choses dérapent quand l’armée envahit les rues et aligne les opposants le long des murs. L’ambiance bascule très vite, et aussi invraisemblable que cela puisse paraître, on assiste impuissant à la destruction de vies d’une seconde à l’autre. Ils sont rassemblés, certains exécutés sur-le-champ, d’autres emmenés… Ceux qui restent peuvent rentrer chez eux.

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Daniel est emmené. Lena se tourne alors vers leurs amis, ceux qui disaient vouloir se battre ensemble contre l’oppresseur. Ils ne sont pas disposés à aider : un seul individu ne compte pas, c’est bien dommage et on espère qu’il s’en sortira, mais la cause est plus grande et leurs moyens limités. Poules mouillées ? Chacun jugera.

Cependant s’il y en a une qui n’a pas froid aux yeux, c’est Lena. Elle arrive à savoir où les prisonniers sont emmenés, et se déguise en nonne pour rejoindre le camp afin d’y travailler : Colonia Dignidad. Du moment où elle franchit les grandes portes en métal, l’atmosphère devient grise, angoissante, aseptisée et violente.

Elle est prévenue lors d’une scène très forte avec le guru/leader de la colonie : si elle les rejoint, elle laisse son ancienne vie derrière elle, et n’aura pas le droit de déroger aux règles ni de quitter cette existence. Etant volontaire et ayant son propre dessein en tête, elle accepte évidemment ces conditions. Et quelles conditions…

Séparation des hommes et des femmes, interrogatoires que je qualifierais de… disons, « à l’ancienne », corvées de pommes de terre la nuit, labeur du champ sous le soleil sans eau, séances de prières à la limite de la transe… le tout mené par un homme abominable se réclamant messager de Dieu et décidé à dresser tout ce beau monde. Aucune mention de politique dès lors que les prisonniers intègrent l’endroit; ce n’est même plus cela le sujet. Il est question d’obtenir les informations qu’ils détiennent, et de les rendre inoffensifs. D’ailleurs, si le seul moyen de les rendre inoffensifs est de les rendre un peu trop lents et bancals, so be it.

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Ce film est poignant et m’a tenue captivée du début à la fin. Je n’en croyais pas mes yeux. On a beau savoir que les humains sont hypocrites, manipulateurs, assoiffés de pouvoir, arrogants et violents… c’est toujours une marche supplémentaire d’observer la froideur et l’efficacité d’une extrême violence mise au service d’une cause politique. La gratuité d’une exécution, prisonnier à genoux, mains liées et arme froide sur la nuque, achève toujours en moi tout espoir dans l’Humanité.

Cela étant, il y a, même dans les heures les plus sombres de l’Histoire, quelques individus à part.

Ces naïfs enflammés qui courent à leur perte si vite qu’ils évitent les balles, et finissent parfois même pas survivre pour témoigner de ces innommables scandales. Lena est un flambeau comme ça. Elle se jette dans la gueule du loup pour sauver le mouton égaré. C’est peut-être même elle la plus révolutionnaire du lot. La plus maligne en tous cas, sans doute.

L’action est bien menée. Emma Watson est, comme à son habitude, élégante et sensible. Elle m’a surprise par son jeu profond de courage mêlé de peur (car seuls les idiots n’ont pas peur). Le rôle lui demande de prendre des risques, et elle se dévoile tout en pudeur. Chaque film me confirme son grand perfectionnisme.

Daniel Brühl est définitivement un de mes chouchous. Je l’ai adoré dans Goodbye Lenin!, et ce film est un deuxième exemple de l’intérêt d’embaucher des acteurs cultivés qui ne font pas forcément « blockbusters ». Il est le plus fascinant dans les scènes où il est en présence de ses tyrans et camarades de pénitence. Le personnage qu’il se crée pour ne pas s’attirer des ennuis est incroyable et mérite à lui seul que vous voyiez le film. J’ai également un faible pour le fait qu’il parle plusieurs langues, car je considère que cela donne une perspective supplémentaire sur l’écriture, la communication et le langage en général. Par conséquent, un acteur polyglotte a selon moi une palette plus grande, et on voit d’ailleurs souvent le jeu changer selon la langue utilisée. Un autre exemple de cette importance est le fait de regarder les films en VO, même si c’est du japonais (et auquel cas supporter la lecture des sous-titres qui nous rebute tous). Souvent, le spectateur qui a pu comparer un doublage avec une VO choisira de respecter le travail original. J’espère ne pas ici décourager l’industrie du doublage, qui a de toute façon sa place. Avoir la chance de comprendre d’autres langues les rend simplement moins… nécessaires.

L’action est bien menée, même s’il y a quelques « trous » au niveau des explications : j’aurais aimé savoir dans quelles conditions Colonia Dignidad a été créée ou plutôt voir ses débuts, comprendre réellement d’où vient ce guru nazi (même si on sait que post WWII certains nazis survivants se sont exilés en Amérique du Sud) et comment il s’est retrouvé en position de pouvoir, dénouer un peu le jeu des alliances (et pourquoi l’Allemagne ferait ami-ami avec le Chili… en leur « prêtant » des monstres de leur passé ?). Seulement le sujet était Colonia Dignidad, pas le Chili en général ni son implication dans les enjeux internationaux de l’époque.

Le film a donc bien atteint son but : nous montrer une réalité, un fait historique, une histoire d’amour et de courage, de résistance et de romance. Le pouvoir d’une idée, d’une mission peut suffire à accomplir des exploits inimaginables comme sauver un innocent. Malheureusement, la même chose peut être dite pour des horreurs. (Cela me fait inévitablement revenir à l’idée que nous sommes tous responsables du monde dans lequel on vit et devons agir pour diffuser des valeurs positives et endiguer la violence qui sévit aujourd’hui).

Le pire dans tout cela, ce n’est pas que cet endroit ait existé, c’est qu’il en existe encore aujourd’hui, et que le monde le sait sans rien y redire.

Pour aller plus loin…

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