Dans le domaine de la poésie, les auteurs baroques ont une conscience forte du fait qu’ils s’inscrivent en rupture. L’une des grandes figures poétiques de l’univers français est Théophile de Viau. Malherbe est lui, poète de cour attaché à Henri IV, et Boileau le prendra comme modèle du renouveau poétique.

Théophile de Viau (1590-1626)

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Théophile de Viau est poète et dramaturge, il appartient au courant du libertinage érudit (distinguant le libertinage sexuel d’un libertinage d’ordre philosophique). Il est condamné à mort pour son Traité sur l’immortalité de l’âme qui est une traduction libre du Phédonir?t=estgdai 21&l=am2&o=8&a=2080704893 - La poésie baroque en France de Platon, constitué d’une alternance entre la prose et les vers.

Cependant, protégé par l’admiration qu’il suscite, cette condamnation est commuée en bannissement. Son libertinage de pensée s’associe à un libertinage de mœurs (il était homosexuel).

Ses œuvres sont rassemblées en 1621 puis en 1624. Il donne une tragi-comédie en 1625 : Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbée. Son univers est celui d’un libertinage qui va jusqu’à l’athéisme.

Il sait qu’il est le plus grand poète de son temps et qu’on l’oppose à Malherbe. Il comprend très bien le positionnement de Malherbe et son travail sur la langue (qui annonce la création de l’Académie française).

Le calme, la régularité, la perfection formelle de Malherbe sont clairs à l’esprit de Théophile de Viau. Mais il fait le choix de s’inscrire dans le courant contraire. Dans son Élégie à une dame, il rédige presque un manifeste de l’art baroque. Il affirme le droit à l’imparfait, à l’irrégulier, à l’inachevé. Viau est plein de ferveur, et solitaire :

« La règle me déplaît, j’écris confusément. »

Il se positionne clairement : refusant les contraintes, ennuyé par le théâtre classique, il veut suivre son inspiration et donner libre cours à l’imagination. Ce sont des éléments qui plairont notamment aux romantiques. De grands compositeurs mettront d’ailleurs ses textes en musique. Voici la mélodie de Reynaldo Hahn (1874-1947), sur le poème A Cloris, interprétée par Véronique Gens.

Il a fallu attendre Jean Rousset pour que le genre poétique baroque soit mieux considéré. Il publie Circé et le paonir?t=estgdai 21&l=am2&o=8&a=2714303587 - La poésie baroque en France, anthologie du genre baroque.

Les 4 caractéristiques de l’esthétique baroque, selon Jean Rousset

« L’auteur situe l’âge baroque approximativement de 1580 à 1670, de Montaigne au Bernin. Les thèmes qui caractérisent ce « siècle » relèvent d’une imagination vouée à la démesure, à la magie et au mouvement perpétuel : le changement, l’inconstance, le déguisement, la métamorphose, le trompe-l’œil, la parure, le spectacle de la mort, la vie fugitive, le monde en instabilité. Deux symboles, entre autres, semblent commander l’imagination de ce temps : Circé et le Paon, c’est-à-dire la métamorphose et l’ostentation, le mouvement et le décor. »

Dans le monde baroque, tout n’est qu’apparence, illusion, fragilité. Nous sommes des marionnettes sur le grand théâtre du monde, tous masqués. Il y a une impossibilité de saisir le vrai et le réel, qui nous échappent.

Le grotesque à l’époque baroque

Jacques Callot (1593-1635), Gobbi (vers 1616) : le graveur caricature les nains pour nous rappeler que nous sommes des personnages ridicules enflés de prétention et de ridicule. On retrouve cette vision sévère de l’homme dans des gravures de grand format : Les Gueux (1622-1623). Le ton ambigu est caractéristique du baroque.

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Le bossu jouant de la cornemuse] Auteur : Callot, Jacques (1592-1635)

Au XVIIe siècle on rit des fous et des difformes, ils ne suscitent pas la compassion ni la pitié. Callot veut faire peur plutôt qu’exciter la pitié, souligner la dégradation du corps, et la misère humaine (tant extérieure qu’intérieure). Callot grave la série des Misères de la guerre, série de supplices. On y voit des scènes calmes, presque anodines : l’estrapade (on démembre les gens), la roue… Il dénonce l’indifférence des spectateurs, les apparences.