Culture, Musique, Patrimoine

Alcione de Marin Marais : l’Opéra-Comique est de retour !

Amis mélomanes, bonjour à tous,

Après plus de deux ans de travaux, l’Opéra-Comique a rouvert ses portes le 26 avril 2017 pour notre plus grand bonheur. Une production exceptionnelle en a inauguré les planches avec l’opéra Alcione de Marin Marais, joyau baroque qui n’avait pas été joué à Paris depuis près de 250 ans ! Pour cette soirée historique, moult figures de « l’élite de la Nation » étaient présentes : Bernard Cazeneuve, Jack Lang, Roselyne Bachelot, Lionel Jospin… Votre serviteur était là aussi, grâce aux avantages jeunes mis en place par les belles institutions culturelles de notre doux pays. Un opéra à 20€ ou moins – et bien placé – c’est encore possible à Paris, alors profitons-en avant que le vent ne tourne !

Initialement sur un strapontin d’une corbeille côté cour, j’ai eu un coup de chance : un couple séparé par plusieurs fauteuils rouges m’a demandé si j’étais d’accord d’échanger avec eux pour leur permettre de profiter du spectacle ensemble. Résultat :  un vrai siège, au deuxième rang dudit balcon.

Mis à part quelques soucis dû au brushing hyper-volumineux de la dame placée devant moi, j’ai eu une vue assez large sur la scène tout au long du spectacle.

NB : les magnifiques photos de la production sont de Vincent Pontet.

La mise en scène

Après avoir mis en scène notamment Rinaldo de Haendel en 2009 et Venus et Adonis en 2012-2013, , Louise Moaty (et Tristan Baudouin à la scénographie) nous emporte dans un univers de tableaux poétiques et aériens. La metteur en scène a ainsi mêlé sobriété et sensualité, acrobaties et arts du cirque, cordages et voiles suspendues.

L’effet recherché est atteint ; je suis scotchée par les performances physiques des artistes, je guette chaque nouvelle action, mon attention reste captivée. D’aucuns ont déploré les longueurs, le petit côté « bon ça va, ils flottent en l’air, on a compris » mais j’étais tellement ravie d’être là, et la musique est si belle…

Certes, certains choix sont esthétiques et peut-être sans grande justification narrative, mais cela ne m’a pas dérangée. Je reste encore ébahie des nombreuses prouesses des danseurs circassiens dirigés par Raphaëlle Boitel (lorsque les danseurs grimpent sur les mâts sans baudrier, et font des salti en s’y raccrochant… incroyable!).

Plusieurs images restent gravées dans ma mémoire :

→ le mariage d’Alcione (fille du dieu du vent Éole) et Céix (roi de Trachines en Grèce) tout en douceur et en innocence sous une voûte d’arcs de cercles…

→ la prière d’Alcione au temple de Junon, alors qu’elle est séparée de l’homme qu’elle aime et interprète l’air « Amour, cruel amour, sois touché de mes peines, écoute mes soupirs et vois couler mes pleurs »

Le casting

Léa Desandre, nominée aux Victoires de la Musique Classique dans la catégorie Révélation lyrique, est impressionnante dans cette prise de rôle.

Née en 1993, la mezzo a un charisme et une grâce candides – peut-être en partie liée à sa pratique de la danse classique ? Avec un naturel rafraîchissant, elle a la posture d’une reine et le regard sincère. Sa voix est idéale pour le rôle et elle joue avec l’esthétique baroque sans trop en faire.

Petit bonus : Coup de coeur pour le travail d’Alain Blanchot ♡ je suis complètement amoureuse de son costume… la jupe de princesse vaporeuse avec le juste volume qui lui donne sa majesté, le haut en transparence et liserés brillants, son voile de mariée… cela donnerait presque des idées !

Dans le rôle de Pelée, l’ami des époux, Marc Mauillon est bouleversant de sensibilité. Secrètement amoureux d’Alcione, sa voix suffit à nous faire souhaiter que ses sentiments ne soient pas contrariés. J’espère le voir dans de nombreuses productions dans le futur.

Je reste confuse face à l’interprétation de Céix par Cyril Auvity… Je ne me permettrais pas d’en imaginer les causes, mais j’ai vécu sa prestation vocale avec inconfort. Les aigus ne semblaient simplement pas agréables, confortables. Après quelques lectures de critiques déjà publiées, je constate que mon ressenti est partagé par une partie du public.

Je déplore sincèrement cette sensation, car j’ai par contre beaucoup aimé sa voix dans le bas de sa tessiture, sa théâtralité et la douceur de son travail dans les duos avec Léa Desandre. Une véritable tendresse émane de leur relation de partenaires.

Dans le binôme de magiciens Phorbas / Ismène, Lisandro Abadie (qui interprète aussi le dieu Pan) et Hasnaa Bennani sont séduisants, flamboyants. 

Un monument de la musique

Composée en 1706, cette oeuvre du compositeur célébré en premier lieu pour ses pièces pour viole est une tragédie en musique en un prologue et cinq actes, dont le livret d’Antoine Houdar de Lamotte est inspiré des Métamorphoses d’Ovide. Jordi Savall, expert de Marin Marais, portait en lui ce projet depuis de nombreuses années. En effet il a d’abord travaillé quotidiennement les oeuvres pour viole du compositeur pendant plus d’une décennie, puis souhaitait faire revivre cet Alcione mais les circonstances n’ont pas été réunies avant ce printemps 2017.

Si l’on vous parle de cette oeuvre, impossible de ne pas mentionner la « Tempête », souvent jouée en concert. Rien que pour cela, je vous conseille de chercher un enregistrement ou d’aller voir Alcione sur scène !

Mon conseil : allez à Versailles entre le 8 et le 11 juin pour assister au spectacle.

ou pour les flemmards (et les petits budgets, car je fais partie du club !)

→ Pour voir ce spectacle dans son intégralité depuis votre canapé…

il est disponible sur Culturebox à cette adresse jusqu’à 6 mois après sa représentation !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Les arts du cirque ont-ils leur place à l’opéra ?

Êtes-vous déjà allés à l’Opéra-Comique ?

Sur ce, à très vite pour toujours plus de musique et d’émotion...

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

♡ Merci pour vos commentaires ♡