Le Château de Versailles, non content d’être un bâtiment grandiose qui attire les touristes en masse (même s’ils n’y gagnent pas d’or…), propose chaque saison une offre musicale – presque exclusivement baroque – et événementielle de grande qualité. J’y étais allée assister par exemple au concert Grands Motets de Charpentier par l’Ensemble Correspondances. Alors je me suis décidée à vous faire une petite sélection des moments musicaux de la saison prochaine ! Je ne suis plus dans la région, donc je ne pourrai peut-être pas vous les raconter a posteriori, mais si vous y allez je compte sur vous pour venir me donner vos avis.

Pour rester raisonnable, je sélectionne drastiquement en me limitant à un concert par mois. Cela ne veut bien évidemment pas dire que les autres ne seront pas merveilleux, mais si j’avais été dans le coin, un concert par mois représente déjà une certaine fidélité !

En septembre : Haendel à l’opéra

Philippe Jaroussky et l’Ensemble Artaserse sont en compagnie de la belle Emöke Baràth pour un voyage à travers les opéras haendeliens. Vous connaissez peut-être déjà le contre-ténor préféré des français, mais sans doute moins la soprano hongroise. La voici donc dans une version du Dixit Dominus de Haendel, avec la mezzo Léa Desandre sous la direction d’Emmanuelle Haïm.

En octobre : Katherine Watson, et Les compositeurs de Louis XIV

Après des études au Trinity College, la soprano a fait ses débuts dans le Jardin des Voix de William Christie. Pour le moment, ses choix de répertoire privilégient le répertoire baroque ainsi que la mélodie. Elle a par exemple incarné Iphis dans Jephta, ou Damigella dans L’Incoronazione di Poppea. En récital, elle interprète les œuvres de Schubert, Alma Mahler, Schumann, Strauss, Poulenc ou encore Messiaen.

Elle proposera à Versailles un récital avec l’Ensemble Les Ambassadeurs, dont voici un extrait.

En novembre : l’Opera Atelier de Toronto

L’opéra Actéon de Charpentier, et le Pygmalion de Rameau seront présentés lors de trois représentations exceptionnelles par l’atelier lyrique de Toronto. David Fallis en assure la direction musicale : acclamé au Canada pour son travail tant sur le répertoire baroque que classique, il est également le directeur artistique du Toronto Consort, un ensemble de musique de chambre consacré au répertoire médiéval et de la Renaissance.

Ce spectacle m’intéresse parce qu’avant tout, c’est l’occasion de découvrir le travail de certains de nos collègues outre-Atlantique. Qui plus est, c’est intéressant de comparer la vision de metteurs français et canadiens, surtout sur des œuvres françaises.

En décembre : Le Carnaval Baroque du Poème Harmonique

Avec son ensemble baroque, Vincent Dumestre crée un spectacle haut en couleurs : inspiré de l’Italie du XVIIe siècle, la musique y rencontre les acrobates, mimes et autres jongleurs. Dans une grand fête à la croisée des arts, l’atmosphère est empreinte de commedia dell’arte, et promet une soirée splendide.

En janvier : Il trionfo del Tempo e del Disinganno, de Haendel

Je ne connaissais pas Les Nouveaux Caractères en découvrant le programme de L’Opéra Royal de Versailles. Ainsi, l’ensemble baroque de Sébastien d’Hérin avait échappé à mon radar. Pourtant, il a un parcours d’excellence et a entre autres été amené à diriger l’Orchestre de l’Opéra de Rouen et de Besançon, l’Orchestre d’Auvergne, ou l’Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine. Des chefs prestigieux tels Laurence Équilbey, Hervé Niquet ou Emmanuel Krivine l’ont aussi choisi comme assistant.

Quant à l’œuvre de Haendel, c’est (comme souvent) un bijou. Sa vocalité si virtuose met en valeur les grandes voix qui s’y aventurent. Sabine Devieilhe a d’ailleurs incarné Bellezza dans une mise en scène lors du Festival d’Aix en 2016. Mise en scène osée, audacieuse et même provocatrice par moments, elle a choqué certains publics. Cela dit, je ne l’ai pas vue en entier, donc je ne peux vraiment me prononcer sur la question. J’essaierai de mettre la main sur un replay et reviendrai vous en parler.

En février : un mois avec l’Ensemble Pygmalion

Parmi les ensembles baroques qui ont le vent en poupe, Raphaël Pichon et Pygmalion sont largement dans le top 5. Alors cette saison, Versailles les a programmés pour trois programmes différents, qui m’attirent tous autant.

Tout d’abord, le weekend des et 10 février, ils interprèteront les Vêpres de Monteverdi (Vespro della Beata Vergine) à la Chapelle Royale. Puis, lundi 11, les musiciens proposeront leur grande fresque Stravaganza d’Amore autour de Monteverdi également. Le disque éponyme a remporté un franc succès auprès de la critique, alors l’écouter dans la Galerie des Glaces à Versailles… grandiose, non ?

Un mois plus tard, à nouveau dans la Chapelle Royale, c’est Jean-Sébastien Bach qui sera mis à l’honneur avec sa Messe en si mineur. Raphaël Pichon est particulièrement reconnu pour son travail sur Bach. Je vous propose donc d’écouter un extrait de sa Passion selon Saint Matthieu.

En mars : Te Deum de Charpentier, et Messe à Quatre Chœurs

L’Ensemble Correspondances de Sébastien Daucé proposera un programme ambitieux le dimanche 31 mars à la Chapelle Royale. Je vous invite à aller relire mon article mentionné plus haut pour plus découvrir plus en détails leur travail.

Il n’est pas nécessaire de vous en dire beaucoup plus, je pense. Les deux œuvres sont magistrales, impressionnantes, et représentatives d’un des plus grands compositeurs français de l’époque baroque. Voici ici un extrait de sa Pastorale de Noël.

En avril : l’opéra Rinaldo, de Haendel

L’Ensemble Matheus de Jean-Christophe Spinosi a mis en scène Rinaldo de Haendel, et le donne pour trois représentations début avril. L’opéra est le premier ouvrage que le compositeur proposera au public londonien. Acclamé immédiatement, il lui restera fidèle, au point qu’Outre-Manche, les musiciens s’offusquent encore aujourd’hui si on dit qu’Haendel n’était pas anglais !

Cet opéra marque un tournant dans l’Histoire du genre, et compte bon nombres de « tubes » de l’époque. A l’écoute, voici l’air Cara Sposa interprété par David Daniels, magnifique contre-ténor.

En mai : Fastes du siècle d’or espagnol

La Chapelle Royale accueille la compagnie La Tempête pour un concert autour des œuvres espagnoles et flamandes de la fin du XVIIe siècle. Là, clairement, j’ai des lacunes ! Je n’ai absolument aucune idée de comment sonne la musique flamande de l’époque. J’en suis curieuse car j’aime les peintres flamands contemporains, et les courants esthétiques traversent les disciplines. Il serait donc logique que j’aime leur musique.

Par contre, j’ai entendu du bien de La Tempête, donc c’est un bon début. Voici un extrait de leur album « Larmes de Résurrection » sorti en février dernier.

En juin : la troupe du Juilliard Opera de New York

Comme pour l’atelier lyrique canadien, découvrir le travail de compagnies d’horizons différents vaut le détour. Qui plus est, l’école Juilliard est l’une – sinon LA – des plus prestigieuses écoles d’arts scéniques des États-Unis, voire du monde. Les masterclass y sont données par les plus grands chanteurs d’aujourd’hui, la sélection est excessivement rigoureuse…

Ils viennent donc à Versailles pour leur version mise en scène de Didon et Énée, de Purcell. Pour vous donner une petite idée de ce qu’ils font d’opéras baroques français, voici un extrait de leur Hippolyte et Aricie, de Rameau.

Mais en juin, je ne peux pas omettre de mentionner le récital de Lucile Richardot (alto) et Jean-Luc Ho (clavecin) autour des Magiciennes Baroques; Médée, Armide et Circé. Le duo avait été programmé au Château de Valençay l’an dernier, et j’avais été tellement triste de ne pas pouvoir y aller… donc je ne peux que vous recommander d’aller les écouter (et je vais essayer de faire de même !).

En juillet : Julie Fuchs et l’Orchestre National d’Île-de-France

Programmation surprenante, la soprano interprètera des airs de Rossini et Donizetti début juillet 2019. Quand on voit la longue liste d’événements baroques dans le catalogue versaillais, on ne peut que s’étonner d’y trouver un récital belcantiste, bien moins ancienne.

J’aime tant la voix de Julie Fuchs, et je n’ai pas encore entendu un répertoire dans lequel je l’aime moins. Par contre, j’ai un faible pour ses interprétations de rôles mozartiens. La voici avec Evan Hughes (baryton) dans le duo Susanna / Figaro « Cinque, dieci…se a caso madama… » extrait des Noces de Figaro.

J’espère que vous avez aimé cette sélection musicale, et n’hésitez pas à me prévenir si vous relevez le défi d’aller à un concert versaillais par mois !